samedi 3 décembre 2016

Atelier du 26 novembre 2016: je suis née sous....

Je suis née sous Poupidou... du moins l'ai-je cru pendant des années.
Oui je comprenais que c'était dans le boucles blondes et les accroche-cœurs de la belle Maryline que j'avais ouvert mes yeux devenus verts.
J'ai mis du temps à réaliser que celle dont on me parlait, et qui de sa voix suave et sensuelle faisait tourner la tête à bien des messieurs sans parler de sa silhouette et de ses tenues déshabillées, était une actrice et n'avait rien à voir avec le président Pompidou.
Dont à vrai dire je ne me souviens guère. Tout comme de monenfance d'ailleurs. Je croyais à l'entrée à la maternelle que ma vie était finie, qu'elle ne serait désormais que contraintes et hypocrisie. De l'école au travail, la voie était désormais toute tracée et c'en était fini des heures perdues, des cueillettes infinies, des après-midi sans faim à jouer sans se soucier de l'heure à laquelle il fallait se coucher puis à celle où il faudrait se lever.
J'imagine que si j'étais vraiment née sous Nora Jean, ma vie aurait été moins tracée et plus capricieuse dans ses méandres, ses coins perdus et autres chemins à dessiner.

Atelier du 26 novembre 2016: comment refuser un chef d'œuvre

cher Nicolas,
Mais qu'est-ce que sont ces blocs dans vos peintures ? C'est du granit ? (Le Havre)
En tout cas ça pèse aussi lourd que votre locomotive est rapide. Un trait noir bordé de rouge et vous voulez y discerner un train au soleil couchant ? Et pourquoi ne pas le mettre à la verticale et l'envoyer telle une fusée allumée vers la planète Mars?  Vos blocs de pierres et autres amats de peintures froides y trouveraient un paysage plus ressemblant que celui que vous cherchez à représenter !
Quant à vos natures mortes on y voit plus de bouteilles que je ne saurais en vider toute ma vie.
Non, vraiment non, Nicolas, votre courant est sans doute avant-gardistes dans l'espace mais vos œuvres sidérales me sidèrent et je crains que notre galerie n'ait pas les murs assez solides pour porter vos rochers, vos bateaux et autres cadavres qu'aucune vie ne vient remuer  et qui assomment tout spectateur terrien normalement constitué.
Aussi je vous invite à revoir les principes premiers du dessin: il manque de la chair, de la vivance à vos paysages morbides.
Je vous prie de croire, cher Nicolas, qu'aucune stèle ne portera votre nom au cimetière des artistes méconnus et vous prie instamment de réfléchir à vous recycler dans la cosmologie,
Bien cordialement

Atelier du 26 novembre 2016: choisir une couleur, une heure, un moyen de transport

Sur la grève blanche je vois rouge.
Comment se peut-il que ce train au rythme de sénateur arrive à Lannion accumulant plus de minutes d'impatience que de durée effective de trajet? Et ce regard du chef de gare qui ne dit mot mais qui semble si seul dans son embarras ! Je revois fuser le train de Nicolas de Staël. Ici la côte est rose de ses rochers timides et proéminents et le train à petite vitesse a pris son temps pour rejoindre l'océan.
Alors les valises posées, les chaussures enfilées, c'est parti pour dévaler dans le sable clair de Tregastel observer l'isolement grandissant de l'île aux lapins et l'horizon où, à l'ouest de cet été finissant, le soleil vient embraser l'île grande et mes yeux.
Et sur la grève blanche je vois rouge.
Et ces heures tendues entre nous comme des cordes à linge accrochent les lavis et les nuances de ce coucher qui voit se miroiter doublement le soleil dans les flots et dans le sable humide. La fatigue me ronge et j'entends au loin des aboiements se rapprochant à m'en inquiéter alors qu'une voix désespérée crie "Rouge". Et là sur la grève, blanche, je vois Rouge.

Atelier du 26 novembre 2016: couleurs ou sortir des clichés

Bleu: bleu-verre, bleu d'Alsace nuageux, bleu étang et non éteint, bleu babille, bleu goulu, bleu lunettes (de vue de maman), bleu lu (de lire pas des petits beurres), bleu brut et franc, bleu bouteille,..

Orange: orange rond, orange planète, ambre ombré, orange dérangé, orange enrobé, orange pelé, orange losange (des tapisseries 70), orange velu façon fourrure, ...

Mauve: mauve rosée, mauve pâlichon, mauve orchidée, mauve menti (ou mouvement), mauve conjonctivite, mauve camomille, mauve aqueux ou à queue d'artifice, ...

Texte: décrire un paysage familier, une personne... en utilisant des couleurs trouvées...

J'ai allumé le bleu étang et non éteint du village perdu de mon regard mauve aqueux. Sous le ciel bleu d'Alsace nuageux, un fruit orange rond et velu façon fourrure, posé sur le ciel, osait des mauves camomilleux par-dessus le bleu lunettes de maman. Poussé là, dans les bras du ciel d'un orange enrobé, son mauve mouvement soufflait du vent dans les chevelures des arbres alignés en bleu bouteille le long de l'eau qui glougloutait son bleu babille. Et sur ce chemin où les coucous disputaient leur lumière orange planète aux coquelicots, je re-glisse mes pas dans les traces bleu goulu sous ce ciel couchant et retrouve le mauve conjonctivite de mes regards ré-cadrés par l'orange losange des tapisseries 70 des le seuil de l'appartement dans l'école. Enfance ambre ombrée que ton bleu lu (de lire et non des petits beurres) dérange d'un mauve à queue d'artifice les souvenirs mauve pâlichon.

lundi 25 juillet 2016

Ateliers croisés du 23 juillet 2016: Ecrire un tableau, d'après Face au Havre de Nicolas de Stael, 1952

Face au Havre, je vois cette sérénité que le bleu décline de part et d'autre de l'horizon. Un ciel bleu. Ciel. Sans nuage. Mais épais et, consistant et je revois à travers cette opacité la profondeur des ciels de Deauville, de Honfleur, du Havre..
Et dans les nervures de ce ciel presque blanc tant il est bleu, comme une signature en guise d'horizon. Des traits. Comme une ponctuation qui dit, qui parle, qui cause. Des traits de blanc, de bleu,, de jaune, des soupçons de noir comme pour faire miroir aux arrêtes des bâtiments du Havre.
En base sous ces bâtisses que des coups de pinceaux posent en statique, comme au jour de la création, l'horizon sépare les eaux du ciel. Les eaux grises et bleues toutes en longs traits tirés qui disent encore la profondeur et les vagues quasi inexistantes de cette mer.
Et face à la si infime signifiance des choses, je vibre comme l'immensité du ciel et de l'eau résonnent de part et d'autre de cette ligne découpée en nuances et contrastes.
Face au Havre, j'oublie qu'entre mer et ciel, à l'autre bout de ce pays, en diagonale, là où une autre mer est séparée d'un autre bleu de ciel, le long de cet horizon signifié, sur une promenade, on est, triste petitesse, 64 ans plus tard, mort.

Ateliers croisés du 23 juillet 2016: Totogramme

Tristes tropismes
T'as tes trucs tout tendus. T'es triste tout'l temps. Tires ta tristesse tondue toute timide. Trop tard. Tu tombse. Tes trucs ternes tendres tuent.

Ateliers croisés du 23 juillet 2016: Portrait d'un être connu

Quand je lis ses mots, je vois sa bouche bouger, remuer, articuler, sourire. Je la vois les dire et les entendre se bousculer en images tues et induites qui donnent du sens à l'émotion de ces phrases qu'elle aligne après les avoir transpirées de tous les pores de sa peau. Son regard se pose sur le regardeur dans une bonté coquine qui lui fait friser l'oeil. Le doute ne se lit pas sur la pâleur de ce visage fait d'ailes et de sensations où les yeux tels des hirondelles survolent le calme et la fraîcheur de son sourire qui a la largeur et la tendresse du baiser. Comme une liane, elle est femme-volupté et son corps lui dicte sa sensualité écrite.
"Ecrire, c'est douter."
"Détruire, dit-elle"
C'est Marguerite. C'est Duras, c'est ma mère d''écriture.

Ateliers croisés du 23 juillet 2016: Portrait cubiste

Deux listes de mots, l'une avec des noms et adjectifs descriptifs, l'autre avec des termes du domaine de l'édition: les mélanger dans un portrait cubiste

C'était un homme au visage belle page, les yeux doublons verts coiffaient son sourire ponctuation qui laissait deviner l'itatlique de son nez. La bouche ligne donnait à ses joues astérisques une rondeur coffre. Son regard majuscule portait les paupière en demi-vignettes. Son menton marbre mordait avec volonté dans sa barbe fleuron. Ses rides, parenthèses heureuses au coin des yeux, crochetaient son front. Et à son profil feuille je devinais le  masque de l'épreuve.

Ateliers croisés du 23 juillet 2016: Inventaire des visages ou personnes rencontrées la veille

- femme-tige, longue et élancée, croisée à l'atelier dont les bouclettes virevoltent,
- couple caucasien, elle avec une cicatrice dans le haut du dos et tous deux avec un joint à la main,
- visage bienveillant et métis du médecin qui s'interrogeait sur la personnalité de la petite Juju
- visage mangé par une imposante barbe grise à la caisse du spermarché,
- regard vif, eveillé, dans un visage bronzé et souriant,
- franc sourire d'Afrique sur ce visage aimant,
- point au creux de la bouche de Pascal, l'aimé parti

dimanche 24 juillet 2016

Ateliers croisés du 23 juillet 2016: Couleurs

Au collège, à La Walck, nous, les filles, on comparait nos critères de beauté en matière de garçons. Ceux qui nous plaisaient, c'était les mêmes en général, avaient pour chevelure la blondeur des blés et pour regard un bleu perçant et clair, un bleu qui emmenait dans la lointaine terre bretonne où nous, petits alsaciens naifs et mal informés, voyions l'outremer délavé des regards des pêcheurs. Je dis nous mais je ne devrais pas. Mes critères n'étaient pas les leurs, non. Mon regard restait collé à la silhouette élancée et à la peau couleur pain d'épice de Sergio. Sergio Simao: le Portugal lui avait laissé un héritage qui me faisait rêvé et ses yeux, eux ,n'étaient pas bleux, non. Je me souviens de son regard chaud et fondant, un regard chocolat.
Mais le bleu des yeux d'Emmanuel et de Vincent remportait l'immensité des coeurs des filles. Si bien que Sergioe et son regard chocolat n'existaient que pour moi dans le secret de mes rêveries. Et je le retrouvais tous les soirs à l'ancienne gare désaffectée où il me cueillait des roses redevenues sauvages. Notre amourette avait démarré bien avant... à l'école primaire, lorsqu'à la fête scolaire, sachant que j'aimais lire, il m'offrit un livre de la bibliothèque... verte. Mais après tout, vert, bleu ou marron, on voit tout en rose avec les yeux d'une amoureuse!

Ateliers croisés du 23 juillet 2016: description d'une oeuvre d'art (frotté au crayon gras)

Symétrie des bulles

Quel univers, quel système plantaire où chaque globe est le jumeau de l'autre? Neuf, elles sont neuf planètes. Entamées, terminées ou à peine ébauchées, elles se font miroir, elles se font mémoire.  Et chaque trait qui les définit en les barrant ou les contournant est comme une droite lancée dans l'infini des regards.
Bulles de vie, de savon ou de BD? elles se suivent et se ressemblent et contiennent des mondes insoupçonnés où se bousculent pensées et créatures que le gris choisi met en lumière au creux de nos imaginaires.

Ateliers croisés du 23 juillet 2016: Où j'ai dormi

- banc ecclésiastique de l'église luthérienne de Pfaffenhoffen
- lit en noyer hérité de mes parents et qui couine gentiement
- nuage dans le rêve que je faisais la nuit passée pour te rejoindre sur le fil, Marie
- pelouse envahie de maillots de bain à Berlin l'année de ta naissance, Lilou
- lit superposé aux 60 ans des vieux à La Bresse, quand je leur annonçais l'heureux événement à venir
- sol de la voiture qui s'appelait Caroline pendant les longs trajets d'été
- couchette de velours rouge, rouge comme le désir qu'il y avait entre lui et moi dans la nuit vers Pragues
- baignoire dans la touffeur sous les toits de Stuttgart
- le parquet en chêne dans la salon dans l'appartement à Paris

samedi 28 mai 2016

Atelier d'écriture du 28 mai 2016: alphabet

Abécédaire: amitie, bizarre, castagne, distiller, étoile, fée, gracile, haleine, idéal, jurer, koala, lire, marrie, nez, opérer, partir, quête, rester, salir, tuer, unité, verdir, wagon, x inconnu à cette adresse, yaourt, zoo. 2 mots maximum par phrase et replacer les mots dans l'ordre.

Jo et moi avons toujours eu une amitié bizarre. De la castagne en paroles mauvaises distillées au fil des jours, voilà ce que c'était. Oh je n'en veux pas à mon étoile que Joe n'ait pas été la fée que je voyais en elle. C'est juste que au vu de son air gracile, elle me semblait avoir une haleine de rose. Dans l'idéal, j'aurais juré que l'on pouvait lui faire confiance. Je lui aurais confié mon koala sans problème: je lisais son honnêteté dans son regard. Alors je me retrouvais fort marrie face au pied de nez qu'elle m'a fait. Je n'attendis pas qu'elle ait fini d'opérer son revers pour partir. Je nous croyais dans la même quête d'amitié fiable et je me retrouvais seule à y rester. L'âme salie presque, son défaut d'affection réveille en moi des envies de la tuer. Plus aucune unité entre nous, j'en aurais verdi de rage. Alors monter dans le wagon pour Valence pour cette maison x inconnue à cette adresse me fut facile. Je n'en dis pas tout un yaourt et finis par la laisser seule à son zoo d'amis hétéroclites dont je ne faisais donc pas partie.

Atelier d'écriture du 28 mai 2016: la Joconde

Le point de vue de la liste:

- une route
- un sourire
- un pont
- de l'eau x 2 (étendue + cours)
- un paquet de drapés
- des plis plats (1 collection)
- une robe bleue
- deux grands yeux
- un muret
- une chair pâlichonne
- une paire de mains lascives
- un air chagrin
- un regard coquin
- un voile pour cheveux
- de la peinture à l'huile
- des bigoudis

Atelier d'écriture du 28 mai 2016: achever un tableau

1/ description objective:
Constitué de trois bandes, deux larges et une plus fine au milieu, le tableau intitule Rodt and blue mesure 294 sur 232.4 cm et à été peint par Mark Rothko. Il est réalisé à l'huile, sur une toile, en 1953 et se compose de trois couleurs, du marron, du bleu et un mélange de marron et bleu.

2/ description interprétative:
Le clapotis, on croit l'entendre, c'est le bleu de l'eau qui vient cogner contre la paroi du quai sombre ou des pas esseulés et furtifs cheminent au loin. Le quai, seul, froid, de bleu et d'ombre, ou les flaques d'huile et les marres d'eau salée se marient, mal, inharmonieusement. La couleur est épaisse de cette nuit mais pas opaque. La brume des heures sombres dessine des formes et des traits indescriptibles à l'œil nu mais que l'oreille devine à taton, à la faveur du silence portuaire glacé.
L'eau, en bas du quai, rejoint l'horizon et le haut de la toile dans un bleu dense et presque lumineux. Parcouru de rares embarcations, le bleu ou la nuit citadine rouille commence. Sur la ligne de l'horizon, un paquebot sommeille. Il mugit au creux de la nuit, comme par accident, il déchire le doux crépitement des vagues. Sa silhouette se fond dans une bande de brouillard couleur nuit grisâtre. Sur le pont, un homme. Entend-il les pas sur le quai? On devine le bout rouge de sa cigarette. La braise s'intensifie quand il aspire la fumée de son clope, baignant de rouille la nuit environnante qui reflète dans sa profondeur le rayonnement orange électrique de la ville voisine. L'homme, au sommet de l'océan, à cheval sur l'horizon, fixe la terre.
Et comme pour fixer les sons et les couleurs, l'œil encadré d'un bleu profond l'instantané ou l'homme se dresse seul au loin.
Demain, le quai gros se remplira des bruits des moteurs et des invectives et cris. Demain l'eau cognera plus fort mais on ne l'entendra pas. Demain le paquebot partira et l'homme aussi.
Et moi, pas.

Atelier d'écriture du 28 mai 2016: lipogramme du i

Lipogramme du i dans Brise marine de Mallarme


La peau est fade, hélas! Et je lus tous les textes.
S'échapper! La-bas s'échapper! Je sens que des mouettes sont saoules
D'être dans l'écume étrangère et le bleu
Les regards reflètent de pauvres espaces verts
Sans capter ce cœur trempé dans la mer
O sombres heures! Non plus que la clarté déserte de ma lampe
Sur le support en creux que la blancheur défend
Non plus la jeune femme donnant à manger à son enfant.
On s'échappera! Streamer balançant ta mature,
Lève l'ancre pour une nature étrangère
Un problème, désolé par les cruelles espérances,
Attend encore beaucoup des étoffes blanches et seules
Et, peut être, les mats, provoquant les orages
Sont eux de ceux qu'un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mats, sans mats, sans même de rares parcelles de terres abondantes et seules
Pourtant, o mon cœur, entends le chant des matelots!

Atelier d'écriture du 28 mai 2016: le Flacon - Baudelaire

Mots retenus: poreux, acre, sombre, flacon, armoire, ancienne, vertige, vestige, odeur, temps, cœur, liqueur, paroi, vie...


Sur la paroi du temps, l'âcre odeur de vécu pose des gouttes de vie. L'ancienne, au cœur vestige d'une époque aimée, souffle un vertige sur le parfum de la peinture appliquée à la toile. Tu ouvres le sombre quand le flacon cogne à la porte de l'armoire chargée. Le liquide peureux étale la matière en couleurs poreuses.

samedi 23 avril 2016

Atelier du 23 avril 2016: à la gare

Un homme descend. Il avance un peu et semble hésiter. Plus loin une femme sourit. Le narrateur depuis son siège, oregarde, repart et ne voit pas la suite.

Le bruit du métro passe dans les graves avant que sur un claquement les portes ne s'ouvrent et ne délivrent quelque passager bien vêtu et accroché à son attache-case. Il jette un regard au loin, sur la pancarte de sortie peut être. Il cherche. Sa route ou un visage connu. Mes écouteurs sur les oreilles, je le dévisage. Avec son air ténébreux et propre, il m'invite à la rêverie. Ses yeux sombres s'éclairent soudain, je tourne la tête et je distingue derrière la vitre taggee une jeune femme, qui, dans son élégance et sa fraîcheur, sourit comme une jonquille au soleil. C'est le sourire qui donne son éclat au regard? Dans l'incertitude, mon regard trace un lien explicatif.
Déçue presque de l'infidélité du regard de l'homme à sa noirceur, je replonge mes yeux dans le noir du texte qui m'emporte jusqu'au prochain sourire que dessinera sur mes lèvres un air de déjà lu.

Atelier du 23 avril: rue traversière

Je revenais avec mon bidon de lait de la ferme voisine en titillant de mon bâton la chatte câline qui venait de faire une portée de quatre chatons tous tachés de blanc. Je venais de quitter la rue principale, j'entendais au loin hennir les chevaux du club hyppique. Le crépuscule avait cédé la place à la nuit et je ne distinguais plus que des ombres. J'empruntais la rue traversière quand sous mes yeux une silhouette dépouillée et gracile plia le genouavant de péniblement reprendre son errance d'une façade à une porte traînant dans son paquet de linge une voix geignarde et affamée. La forme se pencha au bord de la rivière et déposa son fardeau que j'entendis engloutir par les flots troublants. J'avais été le seul spectateur et moi aussi j'erais dans la nuit obscure. De ce jour, j'erais longtemps dans toutes les nuits. Et les villes et villages que je parcourais toujours de nuit regorgeaient de silhouettes singulières et de voix qui dans mon sommeil rebondissaient sur ce souvenir qui tel une étoile s'accrochait aux ciels de mes paysages nocturnes intérieurs.

Atelier du 23 avril: mystère et boule de gomme

J'ai le temps, pensait-il, je la tuerai sous un tunnel.


Il pleut. Les gouttes claquent contre les vitres. Le train rugit dans sa course folle. Rien ne l'arrêtera avant Nice. "J'ai le temps, pensait-il, je la tuerai sous un tunnel." Un contrôleur, qui promène sa gouaille le long des couloirs, me salue. Je baisse ma casquette sur mon visage. Il oubliera mes traits ombrés. L'impatience turlupine les enfants du compartiment voisin. La nuit est déjà tombée. Comme la petite blonde contre sa jambe qu'il avait secoué d'un geste agace mais discret. Dans quelques kilomètres viendrait un long tunnel qui enfoncerait les wagons dans une nuit plus noire encore. D'ici la, les enfants seraient couchés et les parents distraits. Et lui, il pourrait alors mettre ses mains autour du cou blanc de la tristesse qui l'obsède et qu'il tuera lentement en l'étouffant dans un sourire.

Atelier du 23 avril: les îles

1) l'île aux lapins
2) inventer des noms de lieux, de villes, de criques,...:
La crique aux œufs - Fenestrel - Ste Lucie en l'île - la chapelle paquarde - la baie des carottes - Tripleux les coquillages - plage de l'œil bleu - la pointe du nez - carrefour de l'humain
3) voir carte
4) lexique de l'île: plages rares et blanches - des monts ronds et verts - des lapins sous de gros rochers - spécialité: gâteau aux carottes des sables - chocolat à la chapelle
5) une petite histoire qui décrit l'île. Proposition: personnage central par nuit de tempête ou de pleine lune:
Je regarde ma montre et m'affole: il est dans le four depuis plus d'une heure, il faut qu'il soit caramélisé mais pas cramé mon gâteau aux carottes des sables: je ne m'appelle pas Claudine. Alors je m'achemine en courant vers Fenestrel, dépasse la pointe du nez en plissant le mien. À Ste Lucie en l'île, je vois ma délicieuse Alice penchée à sa fenêtre et qui m'appelle et veut me suivre. Comment lui faire comprendre que je n'ai pas le temps... Je coupe par le carrefour de l'humain ou traînent quelques pieds d'alexandrins que je ramasse dans ma besace. Me voilà à Tripleux les coquillages, la marée est haute, pas l'heure d'y pêcher...
Ah les beaux yeux d'Alice presque aussi clairs et bleux que les eaux de la plage de l'œil bleu ou j'aime la devancer avec ma montre à gousset. Elle qui me parle de prendre le temps de vivre... Comment concilier ce temps-la avec celui qu'il fait pour l'heure ? C'est l'orage que j'entends au loin, il va se jeter sur la pointe du nez et s'y transformer en tempête. Vite mon mouchoir... Atchoum, encore un rhume ! J'en perds mes binocles. Sous le rocher de la chapelle paquarde, je cache quelques chocolats en guise de prières. Pourvu qu'à Fenestrel on coupe le four !

Atelier du 23 avril: stations de métro

- point de vue du dentiste:
Station canine - porte de la bouche - station de l'incision - station la couronne - quai du polissage - l'indécis ou l'orthodontie - la muette - convention - mutuelle

- point de vue des enfers:
Porte des flammes - rocher de Sysiphe - les autres - la brûlerie - Auschwitz - quai de la
Vie ratée - porte de la chapelle - purgatoire.

Atelier du 23 avril 2016: j'adore les villes...

J'adore les villes ou
- le soleil sent bon.
- les pierres parlent du temps.
- l'on peut marcher d'un nid de verdure à un point d'art.
- je t'ai rencontré, étranger à ma vie mais qui ne l'est pas reste.
- il y a une tour Eifel.
- l'on parle une autre langue que les miennes.
- je retrouve des souvenirs taquins au détour d'une rue.
- les Charles ont séjourné un bout de vie et ou on ne les oublie pas.
- je connais une personne qui la dévoile pour mes yeux goulus.

dimanche 10 avril 2016

Atelier du 26 mars: l'ascenceur du Japon

Rétraction en un poème un prose d'un texte de Tabucchi

Desert du quai ou vibrent sirène et cloche quand le jaune de la grue traverse le ciel de midi.
Les maisons en demi-soleil offrent leurs jaunes et leurs rouges au regard de celui qui sous le chapeau a chaud.
Plaisanterie, chant et sourire ponctuent la syntaxe du regard de Nicola.
Dans la boîte aux lettres ou rouille le rouge, la lettre à Lisa a rejoint le temps gardant son incognito pour qui la posta, à voix haute.



Rétraction en un haïku de ce même texte

Midi jaune, ciel
Chaud. La lettre postée dans la rouille
Rejoint Lisa.


Dilatation du haïku suivant

Il vient juste après
La touche Enter
Le remord

La phrase est prête dans ma tête. Je l'ai tournée, retournée, pliée, courbée, habillée puis dénudée. Il n'y aura qu'une phrase pour dire l'indicible, ce nord de nous. Une phrase élaborée et tendue dans le non-sens de ce non-nous.
À force de me la répéter, je la sens crépiter déjà sous mes doigts brûlante de te dire qu'il n'y aura plus d'après.
Et déjà, déjà je m'en veux.
Elle est partie, la phrase, envoyée et lue par tes yeux, elle dit tout sauf mon remord de l'avoir dite.

Atelier du 26 mars: homovocalisme

"Je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsole. Gérard de Nerval

Ne fuit le Maigret peul, que le sein rond osé.

Atelier du 26 mars: d'une rive à l'autre

La bonne nouvelle tenait en deux mots. Ou était-ce deux maux? La douleur qui tenait lieu de décor n'était qu'un triste contexte dans lequel sa venue rayonnait par son caractère solitaire. Elle avait tout lieu d'y croire, ne serait-ce qu'un peu. Il allait venir et seul. Tel un cavalier sans monture. Ses joues empruntèrent leur rose aux pivoines quand elle l'appris. Ses yeux mouillés se réchauffèrent d'ambre aux flammes crépitantes des bougies qu'elle se mit à allumer partout. Ses doigts pliaient et dépliaient ce tablier de cuisine qu'elle hésitait à enfiler pour qu'il la transforme en ce qu'elle ne serait jamais que dans son imagination.
Il était prévu qu'il arrive tôt dans l'après-midi. Elle le vit de loin s'avancer dans sa dignité et sa veste de cuir jeune. Tous étaient rassemblés comme au spectacle et chuchotaient en commentant cette rencontre. Quels furent leurs premiers mots ? Ils furent décisifs. Le rose devient rouge puis blanc sur ses joues à elle. Il en perdit quant à lui son calme et sa dignité. Leurs mots? Hélas j'ai toujours manque de mémoire.

Atelier du 26 mars: le retour de l'incipit

Lorsque lui arriva cette histoire de pigeon qui, du jour au lendemain, bouleversa son existence, Johnattan Noël avait dépassé la cinquantaine.

Lorsque lui arriva cette histoire de décollement qui, du jour au lendemain, bouleversa son existence, la poupée avait dépassé trois mois.

Lorsque lui arriva cette histoire de chouette qui, du jour au lendemain, bouleversa son existence, la tempête avait dépassé son deuxième jour. Elle avait gonflé les voiles et battu les flancs des bateaux qui tous dans le vent chuchotaient une mélodie qui rappelait cette chanson d'enfant que tu m'avais apprise alors, à l'autre frontière. Bousculés pourtant les oiseaux avaient déserté cette étendue grise et plombée du ciel. Alors la chouette avait un air dépareillé dans ce tableau mouvementé, vivant et pourtant presque sordide. Les pas étaient difficiles à aligner et les ailes ne pouvaient que se replier sur ce bruit plaintif qui menaçait d'occuper tout l'espace. La chouette, oui, perdue dans ce bois de bord de mer avait entonné un cri volent et préventif remplaçant dans une tourmente passagère le geais interloqué. Et ce résonnait comme une contine oubliée qui murmurée à l'oreille du temps contribua à calmer la vigueur et la vivance de cette tempête vexée.
Si bien qu'au troisième matin, elle resta muette et coite. Les mars finirent de s'entrechoquer dans le port. La chouette déconcertée avait mis un point à ce paragraphe tempêtueux dans le récit de la mer bretonne.

Atelier du 26 mars: vsavvssaaasa

Aimer la vague échancrée, retourner et mélanger son écume et sa houle grises, vertes et bleues sur le sable avide.

Cueillez le coquillage creux, mangez et avalez de son sel et ma chair vidée, éparpillée mais rose la saveur muette.

samedi 9 avril 2016

Atelier du 27 février: la maison natale

Le merle chante - je me souviens, c'était un matin - il siffle et perce les tympans dans les arbres voisins de ma fenêtre d'enfant. J'ouvre les yeux et me bouche les oreilles. Le mal est fait: le soleil brille et vibre. Je m'éveille.

Les gargouillis du radiateur et la nuit indigeste me poussent au bord du lit, je m'éveille. Le matin est encore bleu et j'ouvre les yeux sur la béance de ce jour pas encore inventé ni planifié. Qu'est-ce qui le tiendra debout et droit dans la forêt de mes souvenirs? La question, je me souviens, c'était un matin.

J'ouvre les yeux et l'odeur du tilleul embaume l'air: j'aspire voulue ment pour y trouver des restes de nuits accroches aux paupières. Je me souviens, c'était un matin. Les bruits de la vie, c'était les oiseaux et le vent qui balbutiait des s et des f dans les feuilles.

Une autre fois encore, je glisse mes pieds chauds dans le côté froid du drap. Je m'éveille mais c'est en voyage et je ne reconnais pas les fleurs brunâtres du papier peint. Ou est mon petit lit de bois foncé et ma table de nuit mal rangée ou j'ai renversé la lampe de chevet? Je m'éveille avec une envie de dormir. Longtemps.

Atelier du 27 février 2016: le temps qu'il fait

12 juin
L'horizon murmure du bleu au ciel qui s'en empare et le distribue entre les nuages. Épars, tes mots arrivent à mon oreille comme autant d'éclaircies sur ce paysage assourdi, m'annonçant tous tes sentiments venant. C'est la joie. En pointillés.

19 octobre
Des gouttes perlent à la vitre comme autant de larmes aux coutures de tes yeux. La pluie butine du sens sur les surfaces. Elle tapine. Engrange de la  monnaie grise contre ses passes qui s'écrasent à la fenêtre. O vile est mon âme catin devant ta tristesse trahie.

1er novembre
La brume aux lèvres du jour, c'est la buée à ta bouche débutante. Du bout des doigts, je cherche les parois humides qui délimitent le brouillard dans cette chambre ouverte. Te toucher toi et ton silence mouille.

18 avril

Un rayon perce au cœur du volet la nuit insistante et promet le soleil à tes yeux qui s'ouvrent. Il a dessiné les ombres immenses du passe sous les arbres avant de lancer l'avenir bruyant et lumineux sur le seuil du présent à travers la fenêtre. Le futur dans ta main.

12 août
Il est fort et puissant, le vent. Il ment des rugissements contre le volet qui claque. Et le drap et la porte tremblent comme sous le vacarme des pas d'une troupe envahissante d'enfants indisciplinés. Ta page du souffle et des voix et la barrière de la matière s'envole.

Atelier du 27 février 2016: petit livre de poésie - les temps à Tregastel

Le sable gris coule entre les doigts toutes les secondes mal mesurées.

Sur l'île aux lapins, le temps et le vent s'arrêtent au pied du rocher.

En un souffle, le sel sur les lèvres, le baiser change de propriétaire.

Chaque caillou cache l'instant d'un point.

Le vert des yeux casse la ligne d'horizon.

Les rochers maladroits cachent le sentier tortueux.

Un œil sur la montre, l'autre sur le ciel. Il est temps de rentrer.

Atelier du 27 février 2016: les portes

- porte du garage si basse que l'on s'y cogne si on ne se penche pas,
- porte de la cuisine derrière laquelle fusent les rires,
- porte 717, à laquelle ils sont venus frapper trop tôt le matin, réveillant les voisines et leurs angoisses,
- porte d'entrée toute blanche derrière laquelle Hypo attend le petit matin,
- porte de la chambre qui ne ferme jamais et qui par sa vitre laisse entrer la lumière du couloir,
- porte de l'appartement la-haut à l'école derrière laquelle le père a joué au mendiant un soir de Noël,
- porte de l'alhambra à Grenade o'u tant de bruits d'eau m'ont fait respirer fort,
- porte de Versailles et son appartement de consul ou Jp vit encore mais seul...