dimanche 26 août 2012

Callosités en braille

La mer court sous le vent qui soulève les vagues et les emporte frapper les arrêtes des rochers.  Je revois le verre du regard à contre-sens de l'eau et comme les marées soufflent sur le tanin de la peau. C'est comme si j'avais parcouru ce visage de mes mains. Triste lenteur que la fraîcheur avive... j'ai porté les raies de soleil à la verticale des grains de peau. Tu sens les rayures du beau sur le corps fourbu. La grisance du temps rejoint l'émeraude de l'eau et moi mes terres.
Bouillant de foudres mal crachées, j’équeute les pensées et devine les courbes.
Je ne tends la vie qu'à ta main serrée en poing pour contenir les larmes, ces poches amères de la mer.

Ma peau salée pimente le silence de soleils revêches où ta paume frotte sa corne unique, oui, j'aimerais survivre aux callosités de ta main qui tracerait en braille le récit de nous.

Espérer c'est trier

A la brillance rayonne le soleil finissant.
Taiseuses les vagues crapotent l'écume. Et le souffle assouplit le temps. Le soleil, tu dis, le zo-leil.
Et si les tendus se tordent. Les tons dus divaguent.
Espérer c'est trier les gouttes du temps, les grasses et graineuses et les fines et fileuses.

Epaisse candeur

Œil de lumière dans le gras gris du ciel. Les glissants crissent sous les verts diffus que scelle la nature.
Étrange transparence de la fraîcheur qui prend des jaunes sales et les enlumine d''une épaisse candeur.
Et j'attache au matin les grains fripés de peu.
Pluie de grandeur et l'ambiante heure sommeille.

mardi 21 août 2012

Beauté en touches

Sous la chaleur la peau pâle tremble. Comme secouée de vertiges pointus, la toupie du creux tourne effrénée. Le vent, l'absent, le vent t'est tu. Obstiné et rageur, le temps dégouline le long de nos corps. Imperceptible, il se glisse telle la volupté entre toi et moi.
Les grains tournés grisent les dunes ou cognent les transparences salées. J'aspire à rire dans l'éclosion d'un l'opus. Je tremble de tout et la joie goutte mesurée dans le fond des paumés. Des sources jaillissent dans le quand. Soif d'être à tout ça.  J'aglutine des lettres dans la voix et les motss bourdonnent veloutés sur l'assagie. Temple de silence ou cogne le temps. Trans-pirances des verbes advenue dans la puissance sablée.
Envie de beauté en touches.
Que les brumes alanguies dessinent des courbes de corp au paysage.
Que l'instant murmure et que le nous perdure.

mercredi 8 août 2012

Claquer la langue en marchant

Des grains de pierre semés sur la côte où percent çà et là des granits sombres et austères pour se jeter en transparence dans les criques.
Face à la mer, une baie baille son étonnement irrespirable.
Des lacunes vertes et bleues rangent les vagues en arrondis de dentelle fluide.
Plus fort que la pensée il y a le toi du monde.
Et burlesques les chairs panées s'habillent de sel. J'ai mal au manque.
Vertuelles, les lettres tranchent sur le blanc. Mis hier, le banc tangue sous mon ivresse.
L's et l'as, l'âme diluée de bruits, caracolent vertigineusement.
L'inter-dit rompt les lignes des phrases que des fumées muettes hocquettent dans le ciel.
J'en vironne mes sens assoupis d'essences capteuses des sans.
Je claque ma langue en marchant. L'r tu je dis "ére"

Au pied de la majuscule

J'abolis les silences et ta main froisse la buée sur la vitre. Pas de temps, pas de danse. Les mots ricochent et joyeuse, je vous sous-rise les lignes voluptueuses qu'un regard dévoile comme la roue derrière les yeux qui ne tourne plus droit.
J'accroche des étincelles à la jouissance des mots qui s'inter-calent entre ton vouloir et mon devenir. Là, j'appelle trop doucement pour que tu entendes, des fils.
Effilochée j'aspire à souffler tel un vent virulent blanc.
Nos doigts en pointes pincent l'air qui les sépare. Sa chaleur bouillone dans les plis de nos yeux creux.
Soie sur la sensible sybiline peau de nous. Encore un verre découle des bleux. Le ciel violent se berce de tendres "s", ceux des nuages sirupeux de blanc qui sillonent mousseux les parcours suivis.
Moite et plate, la peau n'a plus de direction.
L'objectif, dis-tu.
Et j'imagine le zoom de nos yeux plongeant et la forme filandreuse de nos mains se détachant.
J’additionne les lettres en phrases décousues et j'en place une au pied de la majuscule. Étendue.

jeudi 2 août 2012

Vases communicants avec Gilles BERTIN: Confusions


1

Il t’attend devant l’entrée de l’entreprise où vous avez rendez-vous. En marchant vers lui, sourire professionnel sur ton visage, tu te rends compte qu’il ne t’a pas reconnu.
« Bonjour, lui dis-tu d’un ton engageant, espérant que ta voix lui dira quelque chose.
– Bonjour Monsieur », te répond-il et, aussitôt, il se met à te parler… mais comme à quelqu’un d’autre !… quelqu’un avec qui il te confond.
Tu attends qu’il se rende compte de sa confusion lui-même, tu ne veux pas te le mettre à dos. Il tchatche et il tchatche et, tout en te parlant, jette des regards vers l’extrémité de la rue, guettant ton arrivée, alors que tu es là, devant lui.
In petto, tout doucettement, tu ris de la situation – un peu jaune, tout de même. Tu passes de l’autre côté, dans la tête de cet homme que tu connais très peu – c’est la deuxième fois que tu le rencontres. Un instant, tu es à sa place, tu te vois avec ses yeux. La situation à l’envers. Comment peut-il donc ne pas te reconnaître ?… Quand tu lui diras qui tu es vraiment, c’est lui qui va être gêné !
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 2
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La vendeuse est très différente de la fille de ta boulangerie habituelle, elle a de grands yeux bruns. Au moment de commander, tu ne sais pas quoi lui dire. Tu finis par trouver dans une étagère vide du fond de ton cerveau : tu veux un pain au raisin, oui… ou ce chausson. Première fois que tu passes par cette rue. Les portes cochères sont ouvertes sur des cours bosselées ; des vélos accoudés aux murs ; quelques bacs avec des arbustes penchés ; un homme téléphone, épaule contre le chambranle d’un porche ; une femme sort dans la rue portant une cage pour chat avec, glissé au fond contre la grille de la porte, un lapin les oreilles couchées ; tu devines les capuches vertes et jaunes des poubelles de tri à travers le feuillage d’une glycine couvrant une pergola au centre d’une cour, comme à Berlin ou à Bruxelles. Depuis des années, tu arrivais par une autre rue, tu traversais le marché, l’âme de ce quartier, odeurs de menthe, de mimosa, de fraises, de volaille grillée, à travers les diables chargés de caisses de carottes, de choux-fleurs, de salades. Ce matin, tu as fait autrement. Tu as pris cette longue rue en retrait du marché. Tout y est différent comme si tout, à nouveau, était possible.
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 3
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Tu frappes. Personne n’ouvre. Tu frappes à nouveau. Tu insistes ! La porte reste close. Pas de voix derrière qui te dise d’entrer. Tu appuies sur la poignée. Pousses. La serrure résiste.
Panique, ton cœur cogne trois ou quatre coups brutaux. Durant quelques secondes, tu ne sais plus où tu es.
Que se passe-t-il donc ?
Tu comprends : c’est ta porte ! Tu viens de toquer à la porte de ton propre bureau !
Personne ne t’a répondu… Évidemment puisque tu es dehors, dans le couloir. Cela n’a pas de sens de se dire à soi-même « Entrez » alors qu’on est dehors.
Puis tu te souviens de tes clefs. Elles sont dans ta poche. Tu avais mis la serrure en sortant. Tu ouvres et, quand tu te rassieds dans ton fauteuil, tout redevient normal. Tu reprends ton travail, à nouveau concentré sur ta tâche, comme tu sais le faire.
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Gilles BERTIN

Mon texte chez Gilles BERTIN: http://www.lignesdevie.com/