samedi 3 décembre 2016

Atelier du 26 novembre 2016: je suis née sous....

Je suis née sous Poupidou... du moins l'ai-je cru pendant des années.
Oui je comprenais que c'était dans le boucles blondes et les accroche-cœurs de la belle Maryline que j'avais ouvert mes yeux devenus verts.
J'ai mis du temps à réaliser que celle dont on me parlait, et qui de sa voix suave et sensuelle faisait tourner la tête à bien des messieurs sans parler de sa silhouette et de ses tenues déshabillées, était une actrice et n'avait rien à voir avec le président Pompidou.
Dont à vrai dire je ne me souviens guère. Tout comme de monenfance d'ailleurs. Je croyais à l'entrée à la maternelle que ma vie était finie, qu'elle ne serait désormais que contraintes et hypocrisie. De l'école au travail, la voie était désormais toute tracée et c'en était fini des heures perdues, des cueillettes infinies, des après-midi sans faim à jouer sans se soucier de l'heure à laquelle il fallait se coucher puis à celle où il faudrait se lever.
J'imagine que si j'étais vraiment née sous Nora Jean, ma vie aurait été moins tracée et plus capricieuse dans ses méandres, ses coins perdus et autres chemins à dessiner.

Atelier du 26 novembre 2016: comment refuser un chef d'œuvre

cher Nicolas,
Mais qu'est-ce que sont ces blocs dans vos peintures ? C'est du granit ? (Le Havre)
En tout cas ça pèse aussi lourd que votre locomotive est rapide. Un trait noir bordé de rouge et vous voulez y discerner un train au soleil couchant ? Et pourquoi ne pas le mettre à la verticale et l'envoyer telle une fusée allumée vers la planète Mars?  Vos blocs de pierres et autres amats de peintures froides y trouveraient un paysage plus ressemblant que celui que vous cherchez à représenter !
Quant à vos natures mortes on y voit plus de bouteilles que je ne saurais en vider toute ma vie.
Non, vraiment non, Nicolas, votre courant est sans doute avant-gardistes dans l'espace mais vos œuvres sidérales me sidèrent et je crains que notre galerie n'ait pas les murs assez solides pour porter vos rochers, vos bateaux et autres cadavres qu'aucune vie ne vient remuer  et qui assomment tout spectateur terrien normalement constitué.
Aussi je vous invite à revoir les principes premiers du dessin: il manque de la chair, de la vivance à vos paysages morbides.
Je vous prie de croire, cher Nicolas, qu'aucune stèle ne portera votre nom au cimetière des artistes méconnus et vous prie instamment de réfléchir à vous recycler dans la cosmologie,
Bien cordialement

Atelier du 26 novembre 2016: choisir une couleur, une heure, un moyen de transport

Sur la grève blanche je vois rouge.
Comment se peut-il que ce train au rythme de sénateur arrive à Lannion accumulant plus de minutes d'impatience que de durée effective de trajet? Et ce regard du chef de gare qui ne dit mot mais qui semble si seul dans son embarras ! Je revois fuser le train de Nicolas de Staël. Ici la côte est rose de ses rochers timides et proéminents et le train à petite vitesse a pris son temps pour rejoindre l'océan.
Alors les valises posées, les chaussures enfilées, c'est parti pour dévaler dans le sable clair de Tregastel observer l'isolement grandissant de l'île aux lapins et l'horizon où, à l'ouest de cet été finissant, le soleil vient embraser l'île grande et mes yeux.
Et sur la grève blanche je vois rouge.
Et ces heures tendues entre nous comme des cordes à linge accrochent les lavis et les nuances de ce coucher qui voit se miroiter doublement le soleil dans les flots et dans le sable humide. La fatigue me ronge et j'entends au loin des aboiements se rapprochant à m'en inquiéter alors qu'une voix désespérée crie "Rouge". Et là sur la grève, blanche, je vois Rouge.

Atelier du 26 novembre 2016: couleurs ou sortir des clichés

Bleu: bleu-verre, bleu d'Alsace nuageux, bleu étang et non éteint, bleu babille, bleu goulu, bleu lunettes (de vue de maman), bleu lu (de lire pas des petits beurres), bleu brut et franc, bleu bouteille,..

Orange: orange rond, orange planète, ambre ombré, orange dérangé, orange enrobé, orange pelé, orange losange (des tapisseries 70), orange velu façon fourrure, ...

Mauve: mauve rosée, mauve pâlichon, mauve orchidée, mauve menti (ou mouvement), mauve conjonctivite, mauve camomille, mauve aqueux ou à queue d'artifice, ...

Texte: décrire un paysage familier, une personne... en utilisant des couleurs trouvées...

J'ai allumé le bleu étang et non éteint du village perdu de mon regard mauve aqueux. Sous le ciel bleu d'Alsace nuageux, un fruit orange rond et velu façon fourrure, posé sur le ciel, osait des mauves camomilleux par-dessus le bleu lunettes de maman. Poussé là, dans les bras du ciel d'un orange enrobé, son mauve mouvement soufflait du vent dans les chevelures des arbres alignés en bleu bouteille le long de l'eau qui glougloutait son bleu babille. Et sur ce chemin où les coucous disputaient leur lumière orange planète aux coquelicots, je re-glisse mes pas dans les traces bleu goulu sous ce ciel couchant et retrouve le mauve conjonctivite de mes regards ré-cadrés par l'orange losange des tapisseries 70 des le seuil de l'appartement dans l'école. Enfance ambre ombrée que ton bleu lu (de lire et non des petits beurres) dérange d'un mauve à queue d'artifice les souvenirs mauve pâlichon.

lundi 25 juillet 2016

Ateliers croisés du 23 juillet 2016: Ecrire un tableau, d'après Face au Havre de Nicolas de Stael, 1952

Face au Havre, je vois cette sérénité que le bleu décline de part et d'autre de l'horizon. Un ciel bleu. Ciel. Sans nuage. Mais épais et, consistant et je revois à travers cette opacité la profondeur des ciels de Deauville, de Honfleur, du Havre..
Et dans les nervures de ce ciel presque blanc tant il est bleu, comme une signature en guise d'horizon. Des traits. Comme une ponctuation qui dit, qui parle, qui cause. Des traits de blanc, de bleu,, de jaune, des soupçons de noir comme pour faire miroir aux arrêtes des bâtiments du Havre.
En base sous ces bâtisses que des coups de pinceaux posent en statique, comme au jour de la création, l'horizon sépare les eaux du ciel. Les eaux grises et bleues toutes en longs traits tirés qui disent encore la profondeur et les vagues quasi inexistantes de cette mer.
Et face à la si infime signifiance des choses, je vibre comme l'immensité du ciel et de l'eau résonnent de part et d'autre de cette ligne découpée en nuances et contrastes.
Face au Havre, j'oublie qu'entre mer et ciel, à l'autre bout de ce pays, en diagonale, là où une autre mer est séparée d'un autre bleu de ciel, le long de cet horizon signifié, sur une promenade, on est, triste petitesse, 64 ans plus tard, mort.

Ateliers croisés du 23 juillet 2016: Totogramme

Tristes tropismes
T'as tes trucs tout tendus. T'es triste tout'l temps. Tires ta tristesse tondue toute timide. Trop tard. Tu tombse. Tes trucs ternes tendres tuent.

Ateliers croisés du 23 juillet 2016: Portrait d'un être connu

Quand je lis ses mots, je vois sa bouche bouger, remuer, articuler, sourire. Je la vois les dire et les entendre se bousculer en images tues et induites qui donnent du sens à l'émotion de ces phrases qu'elle aligne après les avoir transpirées de tous les pores de sa peau. Son regard se pose sur le regardeur dans une bonté coquine qui lui fait friser l'oeil. Le doute ne se lit pas sur la pâleur de ce visage fait d'ailes et de sensations où les yeux tels des hirondelles survolent le calme et la fraîcheur de son sourire qui a la largeur et la tendresse du baiser. Comme une liane, elle est femme-volupté et son corps lui dicte sa sensualité écrite.
"Ecrire, c'est douter."
"Détruire, dit-elle"
C'est Marguerite. C'est Duras, c'est ma mère d''écriture.