samedi 14 janvier 2017

Jeu d'écriture 1

À quelle saison êtes-vous ne(e)?
Quelle est votre lumière préférée ?
Trois actions de plénitude ?
Un très beau moment de votre vie?
Lieu où vous vous retrouvez souvent en rêve?
Lieu que vous aimeriez faire découvrir à quelqu'un ?
Trois verbes qui pourraient convenir à un animal?
Un masque qu'il vous plairait de porter?
Quel paysage vous enchante ?
Un endroit où vous n'aimeriez pas être ?
Un objet auquel vous êtes attachée?
Une chose que vous trouvez adorable?
Trois qui vous semblent ridicules ?
Un objet inutile que vous gardez quand même?
Une invention, une machine qui n'existe pas dont vous apprécieriez l'existence ?
Quelques proverbes qui vous viennent?


Je l'entends quelques heures après avoir vu le jour ou plutôt la nuit. Il chante dans la lumière débordante. Il siffle et en cette saison il entonne un refrain aux faux airs de vacances. Je respire son chant et ce précurseur de la chaleur.  On dirait le sud et on dirait le beau. Mais c'est encore le printemps, le nord-est et l'imprononce.

Elle est délicate, elle caresse les contours des êtres et des choses. Nimbe de mauve les silhouettes debout ou cabossées des décors et des personnes si fréquentables dans l'éclat du jour même le plus gris. Un mauve qui flirte. Avec le gris et le bleu, avec le jour et la nuit. Oui l'inverse, ou l'un verse dans l'autre son trop plein de consistance.

Fermer les yeux. Respirer l'odeur chaude du pain frais. Poser son inspiration sur un silence de l'âme. Pleine conscience.

Muette. Émue. Aux larmes.
Je tiens cet appareil dans la main droite et me vois étouffée de ce trop-plein de joie. Les yeux c'est l'émotion qui dégouline, qui déborde. J'entends les mots. Puis je les écoute seulement et c'est à l'insu de moi que je les comprends. Je ris et je pleure. Je sais maintenant ce qu'est pleurer de joie.

Devant moi il y a toi qui, funambule imparfaite, flirte avec la précarité. Tu vas tomber toujours et ne tombe jamais. Et tourne un regard par-dessus l'épaule. Suivie que tu es par ce chaton jamais adulte, comme toi. Aussi noir que la nuit qui te donne vie, l'animal m'appelle et son miaulement ressemble à "miaou-man". Je vous suis sur ce fil tendu dans le vide, tendu entre deux tiens, où je vous rattraperais presque dans ma lourde inconsistance.

Ce qui frappe là- bas, comme un doigt contre une porte, c'est le bruit de l'eau. Elle coule dans les oreilles depuis presque partout, comme pour rafraîchir la température estivale à venir. Et l'entendre dans le demi-sommeil du petit matin c'est une évidence qui dit "tu es là, ici, aux portes de l'ahlambra et de la sierra nevada".

Bêtifier. Manger. Mettre bas.
Ait silence
Il est simple et blafard. Les yeux en amande y sont découpés pour laisser voir sans donner à voir. Deux trous pour le nez, pour respirer le temps qui pousse à deviner qui tu es. Pas de bouche. Car il fait silence quand ce qui montre est nu de sens et d'émotion. Le cœur tiré n'est plus dit. Tout est blanc. Tout est vide. Tout est tu.

L'écume glisse sur le sable une mousse improbable. À travers l'eu qui se retire, des coquilles vides et creuses que ta main retient. La marée descend et je monte la butte. Ce n'est jamais un adieu. Comme toi, je reviens sans cesse sur cette plage blanche.

Il est grand, il est lourd. J'ai beau y avoir beaucoup d'espace, j'y vis recroquevillée. Il est trop rond, trop imposant et de dedans toutes les émotions s'y étalent livrant leurs ressentis moites et dégoulinants, écrasant ce petit cœur qui dort et me contient.

Elle a un air bizarre. Comme ébréchée mais par un fait exprès. Elle est vert d'eau salé et fendillée sur le côté, elle est en désaccord avec elle-même. Alors elle ne contient rien et ne vaut que pour signifier en souvenir ce temps qui me déchirait quand mes mains l'ont formée.

Le sourire qu'elle laisse poindre quand malgré elle elle dit "hop la "

Pleurer. Grandir. Dérisoire.

Un stylo qui m'a été offert pour l'écriture et qui ne bave plus rien.

La fabrique à nuages productrice de rêves.

Ce qui n'est pas donné est perdu
Ce que tu gardes est foutu.
Toutes les bonnes choses vont par trois.
On est toujours plus intelligent après.

vendredi 6 janvier 2017

Toile de fond de mes nuits

À chaque mot poussé vers le devant, il y a un cortège de sens, de mots déjà dits, usés pour décrire ce ressenti.
Dans mes rêves occultes il y a des navettes, des vaisseaux qui glissent sur une sorte d'autoroute de l'espace, l'autoroute du beau, oxymore qui seul sait la douleur de ce rythme si cadencé qui répartit sur cette bande automatique les véhicules nous contenant. Des corps, des luges aérodynamiques, des longs bus fuselés ? Ces navettes nous contiennent et nous séparent tout en nous gardant unis dans cette mélodie sans son où une voix robotisée dicte le rythme et la vitesse. Et cette monocorde ordonarite des choses nous déshumanise et nous paupérise. Reste la survie dans une ville qui n'en est plus une.
Je pose là sur la table mon indispensable nécessaire de vie: un livre entamé, une revue survolée, un mouchoir, de quoi écrire et de quoi entendre l'humain et le vivant. Ces outils ordinaires de la vie qui rendent vivable le quotidien.
Il y manque le passé et l'avenir.
Je ne suis que présent et quand ces fuselages défilent devant mes yeux intérieurs je ne vois que grisaille, uniformité et comment cette technicité nous ruine de nos couleurs, de notre créativité. Comme pour rendre de l'âme à ces automates boiteux de mes rêves, j'ai mis la voix grave et obscure du chanteur de The National en fond sonore.
Et derrière la dématérialisation des choses se joue la lutte pour l'âme.

samedi 3 décembre 2016

Atelier du 26 novembre 2016: je suis née sous....

Je suis née sous Poupidou... du moins l'ai-je cru pendant des années.
Oui je comprenais que c'était dans le boucles blondes et les accroche-cœurs de la belle Maryline que j'avais ouvert mes yeux devenus verts.
J'ai mis du temps à réaliser que celle dont on me parlait, et qui de sa voix suave et sensuelle faisait tourner la tête à bien des messieurs sans parler de sa silhouette et de ses tenues déshabillées, était une actrice et n'avait rien à voir avec le président Pompidou.
Dont à vrai dire je ne me souviens guère. Tout comme de monenfance d'ailleurs. Je croyais à l'entrée à la maternelle que ma vie était finie, qu'elle ne serait désormais que contraintes et hypocrisie. De l'école au travail, la voie était désormais toute tracée et c'en était fini des heures perdues, des cueillettes infinies, des après-midi sans faim à jouer sans se soucier de l'heure à laquelle il fallait se coucher puis à celle où il faudrait se lever.
J'imagine que si j'étais vraiment née sous Nora Jean, ma vie aurait été moins tracée et plus capricieuse dans ses méandres, ses coins perdus et autres chemins à dessiner.

Atelier du 26 novembre 2016: comment refuser un chef d'œuvre

cher Nicolas,
Mais qu'est-ce que sont ces blocs dans vos peintures ? C'est du granit ? (Le Havre)
En tout cas ça pèse aussi lourd que votre locomotive est rapide. Un trait noir bordé de rouge et vous voulez y discerner un train au soleil couchant ? Et pourquoi ne pas le mettre à la verticale et l'envoyer telle une fusée allumée vers la planète Mars?  Vos blocs de pierres et autres amats de peintures froides y trouveraient un paysage plus ressemblant que celui que vous cherchez à représenter !
Quant à vos natures mortes on y voit plus de bouteilles que je ne saurais en vider toute ma vie.
Non, vraiment non, Nicolas, votre courant est sans doute avant-gardistes dans l'espace mais vos œuvres sidérales me sidèrent et je crains que notre galerie n'ait pas les murs assez solides pour porter vos rochers, vos bateaux et autres cadavres qu'aucune vie ne vient remuer  et qui assomment tout spectateur terrien normalement constitué.
Aussi je vous invite à revoir les principes premiers du dessin: il manque de la chair, de la vivance à vos paysages morbides.
Je vous prie de croire, cher Nicolas, qu'aucune stèle ne portera votre nom au cimetière des artistes méconnus et vous prie instamment de réfléchir à vous recycler dans la cosmologie,
Bien cordialement

Atelier du 26 novembre 2016: choisir une couleur, une heure, un moyen de transport

Sur la grève blanche je vois rouge.
Comment se peut-il que ce train au rythme de sénateur arrive à Lannion accumulant plus de minutes d'impatience que de durée effective de trajet? Et ce regard du chef de gare qui ne dit mot mais qui semble si seul dans son embarras ! Je revois fuser le train de Nicolas de Staël. Ici la côte est rose de ses rochers timides et proéminents et le train à petite vitesse a pris son temps pour rejoindre l'océan.
Alors les valises posées, les chaussures enfilées, c'est parti pour dévaler dans le sable clair de Tregastel observer l'isolement grandissant de l'île aux lapins et l'horizon où, à l'ouest de cet été finissant, le soleil vient embraser l'île grande et mes yeux.
Et sur la grève blanche je vois rouge.
Et ces heures tendues entre nous comme des cordes à linge accrochent les lavis et les nuances de ce coucher qui voit se miroiter doublement le soleil dans les flots et dans le sable humide. La fatigue me ronge et j'entends au loin des aboiements se rapprochant à m'en inquiéter alors qu'une voix désespérée crie "Rouge". Et là sur la grève, blanche, je vois Rouge.

Atelier du 26 novembre 2016: couleurs ou sortir des clichés

Bleu: bleu-verre, bleu d'Alsace nuageux, bleu étang et non éteint, bleu babille, bleu goulu, bleu lunettes (de vue de maman), bleu lu (de lire pas des petits beurres), bleu brut et franc, bleu bouteille,..

Orange: orange rond, orange planète, ambre ombré, orange dérangé, orange enrobé, orange pelé, orange losange (des tapisseries 70), orange velu façon fourrure, ...

Mauve: mauve rosée, mauve pâlichon, mauve orchidée, mauve menti (ou mouvement), mauve conjonctivite, mauve camomille, mauve aqueux ou à queue d'artifice, ...

Texte: décrire un paysage familier, une personne... en utilisant des couleurs trouvées...

J'ai allumé le bleu étang et non éteint du village perdu de mon regard mauve aqueux. Sous le ciel bleu d'Alsace nuageux, un fruit orange rond et velu façon fourrure, posé sur le ciel, osait des mauves camomilleux par-dessus le bleu lunettes de maman. Poussé là, dans les bras du ciel d'un orange enrobé, son mauve mouvement soufflait du vent dans les chevelures des arbres alignés en bleu bouteille le long de l'eau qui glougloutait son bleu babille. Et sur ce chemin où les coucous disputaient leur lumière orange planète aux coquelicots, je re-glisse mes pas dans les traces bleu goulu sous ce ciel couchant et retrouve le mauve conjonctivite de mes regards ré-cadrés par l'orange losange des tapisseries 70 des le seuil de l'appartement dans l'école. Enfance ambre ombrée que ton bleu lu (de lire et non des petits beurres) dérange d'un mauve à queue d'artifice les souvenirs mauve pâlichon.

lundi 25 juillet 2016

Ateliers croisés du 23 juillet 2016: Ecrire un tableau, d'après Face au Havre de Nicolas de Stael, 1952

Face au Havre, je vois cette sérénité que le bleu décline de part et d'autre de l'horizon. Un ciel bleu. Ciel. Sans nuage. Mais épais et, consistant et je revois à travers cette opacité la profondeur des ciels de Deauville, de Honfleur, du Havre..
Et dans les nervures de ce ciel presque blanc tant il est bleu, comme une signature en guise d'horizon. Des traits. Comme une ponctuation qui dit, qui parle, qui cause. Des traits de blanc, de bleu,, de jaune, des soupçons de noir comme pour faire miroir aux arrêtes des bâtiments du Havre.
En base sous ces bâtisses que des coups de pinceaux posent en statique, comme au jour de la création, l'horizon sépare les eaux du ciel. Les eaux grises et bleues toutes en longs traits tirés qui disent encore la profondeur et les vagues quasi inexistantes de cette mer.
Et face à la si infime signifiance des choses, je vibre comme l'immensité du ciel et de l'eau résonnent de part et d'autre de cette ligne découpée en nuances et contrastes.
Face au Havre, j'oublie qu'entre mer et ciel, à l'autre bout de ce pays, en diagonale, là où une autre mer est séparée d'un autre bleu de ciel, le long de cet horizon signifié, sur une promenade, on est, triste petitesse, 64 ans plus tard, mort.