vendredi 7 décembre 2012

Vases communicants de Décembre 2012: Eve de Laudec (1)

















Voulais atteindre le vaisseau d’en haut, cette tortue volante qui fonçait dans l’outre-mer, ailes fuselées tendues en arrière, enserrant dans ses puissantes mâchoires un poisson de lune qui ne pouvait ouïr. Elle pourchassait l’otarie d’acier grimée en nuage pour échapper à l’œil exercé du reptile.
Voulais tant savoir pourquoi elle engloutissait les vols au vent.

Alors me suis engagée dans l’océan pour m’approcher au plus près du ciel. Très vite le sable s’est dérobé sous mes pas. Ai atteint le dos du rouleau.
Marchant sur sa crête de coq-quillage, me suis entaillée les plantes de pied.
Pensais y glisser, comme dans une mousse affable, mais non ! N’étais même pas au sommet de la vague, qui me narguait dans un remous livide. Ses fines petites dents de squale, chatoyantes dans l’aigu, se sont plantées dans ma chair, mille aiguilles fouillant les ouvertures béantes par où s’engouffrèrent l’eau tourbillon.
Eu froid, très froid, l’ombre de la tortue allait bientôt me recouvrir. Elle arrivait sur moi. Mais ne le sus pas.
Devins écume.

Eve de Laudec, 13/11/2012

Vases communicants de Décembre 2012: Eve de Laudec (2)

















Les flamants dégorgent lilas au bord du lit dont les linges défaits se répandent en lac, las.

Eyasi

Là, tu étouffes, les lacis de jacinthes liées ont souillé ta lagune, mêlés à la laitance de tilapias lascifs. Et l’eau se perd, aux larmes d’un lamantin égaré, languissant, impuissant, tel le monstre d’une légende à conter.

Eyasi

Quand les limbes du jour descendent des sommets, à l’heure où le ciel en lave étend son lavis lie-de-vin et lèche à grands coups de langue limonite la savane lézardée, s’insinue comme un leurre dans l’ocre des volcans, enterre de sienne brûlée la fournaise, apaise le cinabre et flatte en vermillon, lorsque commencent à vibrer en amalgame les peaux retendues et la mélopée des crapauds buffle,

Alors tu te réveilles

Eyasi

Seuls les lampyres étoilés ou les yeux des léopards éclairent les lapillis rocheux, et loin, très loin, les lueurs du lodge.

Aux confins de l’ouest, les cloches glabres du lazaret lancent leur appel létal.

Les aigles ravisseurs attisent leurs ailes à l’aplomb du cratère pour disputer aux chacals ricanant, en longues lanières, les carcasses de colobe écervelé ou d’impala aventureux que le grand Rugissant a délaissées.

Eyasi

Alors, le crépuscule voile tes lésions et le marabout laisse enfin voyager tes rêves de lune rousse.


Eve de Laudec
14 novembre 2012

Vases communicants de décembre 2012: Eve de Laudec (3)























Entre l’autre et l’un


Entre deux, perceptible, irréelle existence,
Sépare en exigence, découpe sans mélange,
En infime passage dérobé sans férir,
Inconnu visuel, une strie messagère
Frontalier en fluide, en éther, ou ailleurs,
Là et loin une idée à peine formulée

Accrocheur de rayons parme ou passe-velours,
Les reflets déjoués d’un trait alizarine

Limite sans limite tournois tempétueux
D’échappées embuées traînes effilochées,
Cordonnet enserrant les cheveux des sirènes,
Passage de sabots de pégase enivré
Ride de Poséidon ou rire d’Ouranos,
Comme un ongle rayant la toile de l’artiste
S’y perdre s’y trouver et se prendre à rêver

D’horizon


Eve de Laudec
15 nov 2012


http://evedelaudec.fr/cooperations/les-vases-communicants/index.php