mardi 27 novembre 2012

Si dense cri

J'allerte le silence quand il glisse froid et droit le long des membres. Averti, tout ton corps est une lame que la souffrance aiguise. Je sais ce que la douleur te fait. Je la sens encore claquer dans mon oreille comme inassouvie de mes plaintes. Tu tais le mal. Pas un souffle ne perce, pas un son, muet, et pas de mots énonces.
La vie te fouette les flancs de toutes ses douleurs mal apprises. Je te vois courbe dans ta droiture de guingois et je me demande ou fuient les bijoux de sens que tu laissais parfois échapper aux courbures d'une phrase, dans l'écrin d'un rire au milieu du silence, ou ailleurs sur les rivages de nos écoutes.

Grisant

Chaque matin remettre à l'ecriture grise des morceaux de mots, des paroles éclatées et des instants de sens.
Je ne sens plus ta peau a ma joue depuis beaucoup de ciels gris.
Je niche des lettres sur des feuilles blanches ou je balbutie des phrases maladroites.
Je ne veux plus sentir que toi comme saveur à mon palais.

Sanglots gloutons

Troublance de temps accroche dans les mailles... Je fais passer le fil par-dessus et je sanglote gloutonne tous les chagrins d'avant.
Un pied vole, une main frappe et des yeux ou niche l'infinitude saignent de leur tristesse amère. Je ne veux pas sentir la courbe du temps s'efiler dans mon dos,.

dimanche 25 novembre 2012

Les aspérités inégales

Les feuilles s'écueillent dans les aspérités de l'air inégales. Elles chuchotent leur chute et dans un souffle épousent le dos des autres. Un sol moiré rouge et jaune susurre aux pas défroissés des cartes de territoires automnaux. Si la couleur du ciel et celle d'en bas suffisaient à délimiter un pays et sa langue, on aurait des gratte-ciel de France en Chine et des frontières fluctuantes qui pousseraient la Suède sur les genoux de l'Allemagne. On parlerait du pays des platanes qui s'arrêterait là où les boulots prennent le relais. Je sentirais alors cette menotte du passé à mon poignet comme la douce moelleuse et tiède d'une menotte dans la main, tendue et entrouverte.

A flanc, ton flanc

L'immense béance du temps à flanc de falaise flanche.
Des mégots usés frottent leurs restes de tabac sous les semelles friantes et la roche s'effrite, devient glabre d'angles et d'abruptitudes. Sous les pieds l'océan glisse.
Le dossier de pierre contre lequel tu courbes le torse est d'un sale blanc, d'un terne gris cassé.
Je romps la langue qui nous enlie.

La boucle du sens

Mes yeux diffus serpentent les parois d'ombres.
Etincelants, les ciels s'oublient et plient sous le joug des nuages.
J'ai mal de t'avoir mal. Je ne suis plus que défaite de sens et sans fil. Décousue. J'arrache la lisière du temps qu'il fait et je t'enroule dans ta grammaire béante.
Qu'importera le silence si fuyant le son des rayons qui baignent l'horizon d'orange s'accroupit et tremble.
Je sens déjà le gonflement de ta voix dans mon oreille. J'ai chaud et lie les mots au dos de mon mal vivre.
Je tire un peu sur le sens et défait le nœud lasse qui te tenait debout.

jeudi 1 novembre 2012

Vases communicants: Camille Philibert-Rossignol

Ballade pour Maryse Hache.

J'aurais pu remarquer les baies rouges et fleurs blêmes, profusions échevelées se déversant des arbres des jardins que je longe d'un pas alerte. Un jogger croisé ainsi que deux petits enfants trainés par leur grand-mère. Quand j'arrive au Parc revient brouillée la silhouette d'un homme qui fumait en descendant quelques marches, dégaine entraperçue à la résidence La Fontaine. Point de départ.

( fumait, lien http://www.les807.blogspot.fr/2012/05/floche.html)

Au Parc, se défaire fissa des murs qui m'entouraient, l'appartement aussi faux abri que faux ami. Au milieu de la verdure, une rivière revoit le jour. Il pourrait être amer, ce flux boueux, vaseux, stagnant en fine couche sur un long aplat de béton, eau sombre charriant quelques cailloux et s'insinuant entre vert et ocre, stries d'herbes courtes ou trainées argileuses. Bordant la rivière, une large pelouse aux brins verdoyants dont le parfum piquant se dilue dans la brise fraiche jusqu'à faire frémir mes narines. Elle s'élargit sur une vingtaine de mètres. De gras bosquets aux feuilles à éraflures la longent, ainsi que des saules pleureurs. Sont-ils aussi doux que leurs lianes le semblent, quand épaisses et aérées ou bien nues, elles se balancent dans la brise, s'inclinent précisément dans la lumière dorée, milles et un rubans oscillants sur le même lent tempo ?

( amer, lien http://www.les807.blogspot.fr/2012/09/amer.html, ruban lien http://www.les807.blogspot.fr/2012/07/ruban.html )


Vif, le vert d'herbe, il s'étend au delà du décrochage bétonné qui traverse tout l'espace en contre-bas. Sur toute sa longueur, un fin filet d'eau s'y traine, y flaque d'ici à au delà. Contigue, l'étendue herbeuse jusqu'à un promontoire où elle se plie en trois haute marches. Pour aboutir sur un grillage et derrière j'imagine un chemin qui y passe, puisque deux petits marcheurs et un chien minuscule avancent en ligne. Quelques peupliers grisâtres ceinturent le fin fond du Parc, dont je n'aperçois qu'une trouée, cernée que je suis par deux larges masses de saules. Aiguisées, leurs branches verticales me cachent autant l'entrée que la sortie vers le bassin de recyclage. Leurs troncs sont verticaux et sobres, tandis que les ramures se caractérisent par des traits chaotiques, longs hameçons tremblants dont les mouvements hypnotiques ne ramènent aucune prise. Pendant un instant un rayon solaire allège les futaies molles, un corbeau apparaît, aussi furtif qu'un dernier expire. Sur la jetée qui surplombe la rivière, un tag tracé à la peinture blanche : Dieu a un plan pour chacun, l'enflure.


Dans le pavillon de mon oreille gauche vrombit un ronronnement mécanique qui s'accentue, décroit, s'efface. Dans celui de la droite un pépiement aigu, sec, note suspendue dans l'air entre deux silence, un pépiement, répètition. Quand avec le vent vaguelettes de frottements, les feuilles résonnent de concert. Longue plainte grave d'une moto filant vers Fresnes. Les bruits flous des végétaux se déploient quand ceux des moteurs se dessinent nettement. Son froissé des graviers écrasés par les baskets des joggers, halètements secs du clebs à la balle rouge dans la gueule. Traversées par un souffle, les feuilles argentées des bouleaux crépitent, bien plus crissantes que celles des saules, quand derrière moi une mélodie criarde fait se décrocher un portable. - Ah oui, ah bon, dans le four répond une voix perchée. Plus tard, silence revenu, plus tard les futaies s'animent les unes après les autres avec délicatesse quand le grondement étouffé d'un avion écrase les autres sons.

Longeant les buissons taillés, les sapins bleutés, les mimosas encore fleuris et les flèches barrées, ma promenade se replie et mes épaules se recroquevillent. Point final. Quelques trouées de lumière cependant quand s'éloigne le zigzag d'un enfant après une un détour à la boulangerie.

( mimosas, lien http://www.les807.blogspot.fr/2012/01/mimosa.html)




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