lundi 6 février 2012

Vert tout la, tout près

Carrés de bois subissent le vent chafouin qui percute les branches et leurs feuilles dans les peupliers. Je n'avale plus d'eau tout juste. Des lampées d'air me rafraichissent le regard. Il a tort d'être devenir. Cernés de valises grises et bleues, les yeux disent vert tout la, tout près. Et c'est l'urgence de soi qui déverse des bouchées. Au sourcil de ton œil doit mûrir le printemps tendu comme un enfant. Les rosaces multiplient l'errance des rayons glacieux d'un soleil franc et vif. Je tire les élastiques qui claquent contre nos doigts. La journée, l'espace d'un pas, est en sous-pente. Châles et voiles et traînés et soies, tout dans cet imbroglio-la, sent la pêche et neige. Ou irons-nous sur nos jambes raccourcies? Peut être pars d'ici. Au clocher de ma Tine tinte et bulle des combles ou les tourterelles mentent aux tourtereaux. Désaimante du passé quand il est manqué. Trier de toi, j'aspire l'indulgence des brassées fleuries. La lenteur, la langue, tout est long et hardi.

vendredi 3 février 2012

Les vases communicants: Justine Neubach


Elle a repris ses bras de sel et de lumière

L'homme que l'on voit assis là-bas, au fond du bus le front contre la vitre, a la peau sèche et désertée. Il laisse une empreinte anonyme dans la buée d'hiver – la marque de sa tempe –, on dirait qu'il s'ennuie de quelqu'un ou de quelque lieu. Ensuite quand il se lève, son pas pèse comme celui d'un mastodonte ; il va descendre sur le trottoir avec ses airs de vieux massif.
Il sort, suivi d'une traînée de poids morts.

Pourtant cet homme, le même, il a grandi dans une immense larme, souffle coupé, corps souple, il y a longtemps – l'été dernier. Cet homme est un danseur. Il a passé ses mains dans les sables du fond, s'est choisi un poisson préféré qu'il a suivi tout un après-midi, il ne ressortait plus de l'eau cet homme, c'était comme une algue nouvelle. Il y avait en lui une part amoureuse du bleu lourd de la mer, une émotion baignée dans un lit de caresses. Tout ce qui l'entourait le nourrissait. Il grandissait sans fin. Rien ne pouvait l'atteindre.

Puis les jours ont raccourci, il a fallu rentrer, retrouver sa Lorraine qui est d'une autre poésie, qui n'embrasse pas, sa Lorraine.

La mer s'est retirée. Elle a lâché le corps aimé. On a tout éteint dans le sud : les soleils et les scintillements. Finie la fête, fini l'amour, le rêve est mis en veille il n'y a plus de côte ni d'écumes, plus le chant des coquillages tristes. L'homme a gardé l'image d'une grande dame bleue courant à perdre haleine loin du train immobile. Elle a laissé des traces de sel sur ses paumes désormais froides. Elle a chanté à son oreille comme aujourd'hui à sa mémoire ; elle frappait les rochers pour lui lever le cœur, elle berçait les bateaux, elle aspirait les goélands. Elle a fui, ensuite, sans raison. Ne reparaîtra pas de sitôt – c'était une amante passagère ou peut-être une vision d'amante.

Il n'y a plus de mer.

Il fait moins quinze degrés, le bus lâche un bruit important grumelé de saleté sonore. Et l'homme s'éloigne.
Il quitte le narrateur comme la mer, plus tôt, l'avait déjà abandonné.



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mercredi 1 février 2012

Tous les sois

Tout le tant recroquevillé dans deux mains s'aide de ses sons. Les mots boitillent dans les larges rangées de lumière. Je ferme les yeux pour me cacher de ton souvenir. Le cœur essoré cogne en quinconce. J'étais ton tout et m'en repents. Bordant l'eau, tous les sois salivent des pieds nus. Des griffes lacèrent les hayons du couchant. De lents beaux se croisent et superposent. De langu'heur en longue heure, les sens condensés titubent.