vendredi 22 mars 2013

Poches amères de mer

La mer court sous le vent qui soulève les vagues et les emporte frapper les arrêtes des rochers. Je revois le vert du regard à contre-sens de l'eau et comme les marées soufflent sur le tanin de la peau. C'est comme si j'avais parcouru ce visage de mes mains. Triste lenteur que la fraîcheur avive... j'ai porté les raies de soleil ) la verticale des grains de peau. Tu sens les rayures du beau sur le corps fourbu. La grisance du temps rejoint l'émeraude de l'eau et moi mes terres.
Bouillant de foudres mal crachées, j'équeute les pensées et devine les courbes.
Je ne tends la vie qu'à ta main serrée en poing pour contenir les lames qui crèveront les larmes, ces poches amères de mer.
Ma peau salée pimente le silence de soleils revêches où ta paume frotte sa corne unique, oui, j'aimerais survivre aux calosités de ta main qui tracerait en braille le récit de nous.

Le zo-leil

A la brillance rayonne le soleil finissant.
Taiseuses les vagues crapotent l'écume. Et le souffle assouplit le temps. Le soleil, tu dis le zo-leil.
Et si les tendus se tordent.
Les tons dus divaguent.

Espérer c'est trier les gouttes de temps, les grasses et graineuses et les fines et filleuses.

Gras gris du ciel

Oeil de lumière dans le gras gris du ciel.
Les glissants crissent sous les verts diffus que scelle la nature.

Etrange transparence de la fraîcheur qui prend des jaunes sales et les enlumine d'une épaisse candeur. Et j'attache au matin les grains fripés de peau.

Pluie de grandeur et l'ambiante heure sommeille.

Rumeurs venteuses

Penchée sur le jour, j'écoute le temps deviser le regard plongé dans le décolleté des jours.
Les joues rosies et rebondies, je devine que l'absence a l'odeur de tes secondes entassées.
Il est des devinances interrompues qui coulent des bouts meilleurs dans un degré d'absence incongru.

Je ne sens pas ta peau sous mon doigt taquin.

Il est temps de partir au teint d'un soleil de bronze. Translucide-moi et perce la lune de lucides clameurs. Tente le son sur la bouche du jour attendu. Tremble encore de n'être qu'un deveneur tendu de blanc aux feux naître. Trie les minutes accomplies et goûteuses.

Fluide attente où le jaune est narcisse et la jonquille n'assise que le vert le long des rumeurs venteuses.

vendredi 1 février 2013

Vases communicants de février 2013: Christopher Selac

Quai n°4

Ils sont sur le quai. Arrivés en avance, au jour qui hésite encore, il l’a aidé à monter ses valises à bord, puis ils sont ressortis. Le goudron est encore humide, l’air frais, tout pour faire un matin comme un autre. Pourtant aujourd’hui ils se séparent. Ils s’enlacent, s’embrassent, se caressent et se consolent, se promettent mille choses.

Autour d’eux le monde est devenu élastique. Trop lent, trop rapide, le temps s’égrène avant de revenir à son normal déroulement, quand le sifflet retentit, quand il faut regagner le wagon au moment où le vérin referme la porte.



Chaque train en partance est abandon. De quelqu’un. De quelque chose. De quelque instant. Des promesses qu’il emporte toutes n’arriveront pas, toutes ne reviendront pas. Ils sont jeunes, ils s’aiment, et pourtant elle doit partir, loin, longtemps.

Ils sont certains de faire mentir les proverbes, ces « loin des yeux, loin du cœur » que leurs amis leur serinent depuis qu’ils savent. Des certitudes éphémères, qu’ils n’ont qu’ensemble, qu’ils n’ont encore que pour quelques minutes, jusqu’à ce que la motrice ne s’ébranle, et avec elle toutes leurs convictions naïves.

Mêmes horaires, mêmes sillages, mêmes conséquences… Les vies déraillent bien plus souvent que les trains qui les transportent. Déjà, alors que la ville n’est pas encore évanouie, le passager côté couloir lui adresse la parole, elle lui trouve une belle voix. Déjà, alors que le train n’est à peine plus qu’un point au bout d’une ligne de fuite, son regard s’invite vers d’autres jeunes filles.

Résisteront-ils ? Combien de temps ?