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Le chemin vers la maison de cailloux

 Le chemin vers la maison de cailloux serpente et tourne jusqu’à la porte à la fenêtre de verre. Avec ses murs couleur meringue, elle se détache à peine dans la neige. Enroulée dans mon plaid aux couleurs de l’automne, je tiens ma tasse à deux mains et du regard je scrute le pré voisin. La lumière crue est presque blanche. Quelques brins d’herbe percent la surface froide de leurs têtes. Quelques notes au saxophone et le tilala de Barbara. Je souffle en chantonnant. Tu n’es pas là, tu viens bientôt. Un cahier à côté de moi lance des lignes où j’accroche le bleu de mes phrases. Un rai de lumière dessine un trait sur le sol, je vois de fines pellicules flotter dans le champ lumineux. J’entends le cliquetis de la clé dans la serrure. Mon regard croise celui du cheval brun. L’air est plein d’odeurs de cannelle et de vanille, le four vient de s’éteindre. Je sens le chaud baiser de tes froides lèvres sur ma tempe. Le temps est passé, tu es là, assis près de moi. Je glisse la pointe de mes pie

Le pot de lumière

Il dansait en rond dans son pot de lumière, sans se soucier  de la pluie qui tombait fort tout autour. Moi qui passais par là, je lui dis: "et toi le joyeux danseur, courras-tu hors de ce mirage jusque sous les arbres profonds ?" Avec bonne humeur, il passa la main sur sa tête, qu'il avait chauve, et se mit à courir sur les parois de ce pot, le visa gai, heureux de sortir de sa routine. Je lui souris et lui, riant au travers, me dit qu'il aimait le rouge et le silence. Je me tus et lui tendis une rose rouge.. Depuis ce jour, mon corps se déplie et s'élance dans la candeur d'un silence partagé en arabesques longues et trace de jour en jour les lettres qui nous lient autour de mots miroirs. Mes yeux plongés dans les siens, je virevolte et danse avec pour partenaire ce danseur sans nom et sans âge, qui sans moufter m'a rejointe à l'orée d'une forêt pour y danser une vie qui s'éloigne de la routine honnie. Nos mains se prennent parfois et le cœur n

Les éclats de terre

Les cheveux emmêlés dans tes doigts, je regarde dans la profondeur de tes yeux. Il est plus tôt que tu ne penses. L'oreille assourdie par le coussin, je vole avec toi. Quelques minutes sur la nuit.  La journée harassante nous a emmenés jusque dans le ventre des forêts pour y chercher l'ombre et des champignons. Les rayons obliques dans la verticalité des troncs traçaient des tirets diagonaux sur ton visage. La lumière caressait ainsi ta joue avec la tendresse chaude des après-midis de fin d'été. Nous nous perdions entre les hauts arbres anonymes. Le regard et la tête penchés, nous cherchions de l'œil à dénicher ici un cèpe, là un bolet. La tête me tournait à force de ne plus avoir de repère fixe. j'entendais bruisser des pas dans les premières feuilles tombées. Les tiens, tantôt tout proches, tantôt plus éloignés. Le geai avait chanté à notre arrivée, depuis un silence soupçonneux régnait. La respiration sèche de la terre sous le poid des pieds s'élevait en pous

Carré Lescurien

- nuage, paupière, or, aube ("or" peut devenir "doré" par exemple) - bleu, chevelure, rivière, vent - neige, jardin, chavire, splendeur A la paupière de l’aube, dore le nuage. Le nuage de l’aube dore ta paupière. Le nuage de ta paupière à l’aube dorée. Or la paupière devient nuage à l’aube. Le vent bleu souffle dans la rivière de ta chevelure. La rivière bleue de ta chevelure vole au vent. Le bleu de la rivière met du vent dans ta chevelure. Le bleu de ta chevelure coule dans la rivière du vent. La neige du jardin chavire la splendeur. La splendide neige chavire le jardin. Le jardin de neige dans sa splendeur chavire. Il neige de la splendeur au jardin chaviré.

Pivoines

J’ai toujours aimé les fleurs. Que ce soit les roses découvertes par hasard près de l’ancienne gare avec Sergio mon amoureux d’alors qui ont servi à égayer la fête scolaire de mes huit ans. Ou les anémones de ma vie d’étudiante. Ou surtout les pivoines roses tendre. Que je ne supportais plus de voir l’été de mes trente-six ans. Oui les pivoines, j’ai mis du temps à réapprendre à les aimer. On me les a offertes à l’occasion de sa disparition puis de mon anniversaire… en juin 2007. Je n’avais aucun goût à les regarder. Rien ne me touchait. Rien ne m’émouvait. J’étais aux abonnées absentes. Il n’y avait plus âme qui vive derrière mes larmes sèches. J’avais perdu mon bébé en devenir… Rien ne comptait plus. Je m’efforçais cependant de remettre de la joie et de la vie dans ces yeux et cette âme. A Sainte-Anne, j’étais allée faire le marché lors d’une sortie autorisée. J’en avais rapporté un énorme bouquet de fleurs, avec des glaïeuls. Je me souviens car je n’aime pas particulièrement les gla

Le matelas

Dans ma vie j’ai connu nombre de déménagements. Le souvenir le plus cocasse que je garde concerne une histoire de matelas et ne correspondait pas vraiment à un déménagement mais plus à un prêt. Je vivais alors sous les toits et j’avais deux matelas individuels dont un que j’avais hérité de mes parents qui l’avaient eux-mêmes reçu pour leur mariage. Autant dire que le matelas n’était de pas de toute première jeunesse. Laura, que j’avais rencontrée par le biais de Sigi, un amour temporaire pour lequel je garde encore beaucoup d’affections, est espagnole. Elle allait avoir la visite de l’une de ses jeunes sœurs. Nous étions presque voisines. Alors je lui ai prêté ce fameux matelas. Je dis fameux car il a été l’occasion d’un article que j’ai rédigé dans le cadre de ma formation de Rédactrice spécialisée. Je n’ai plus trace de cet article écrit en allemand. Et c’est bien dommage. Nous étions trois, Laura, sa plus jeune sœur et moi. La descente du matelas dans les escaliers a été l’occasio

Il n'y a pas

  Il n’y a pas de chemin clair sur le coteau, juste toi qui marches de travers et le soleil qui dévide sa clarté dans l’air. Les oiseaux enfoncent leurs têtes dans les nuages et les verront disparaître. Il fait chaud et jour tôt. A deux doigts de revenir, je sais qu’il fait grand vent sur ton dimanche. Et je colle des bouquets au creux des vides. Le dernier bateau sait qu’il est important de ne pas s’arrêter. Tes mains suspendues à la fenêtre un instant font une ombre de cœur. Les lampes et moi sommes éteintes