jeudi 5 janvier 2012

Dans le cadre des vases communicants de janvier 2012

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre...

L’aventure du mois de janvier 2012, est ici ou ici ou encore ici.


Et moi, j’ose poser mon texte ici. Merci de l’accueil réservé et de la petite place accordée ICI !!!

Ici, Chromos, l’olivier.

Journal
Pour ne pas oublier
Juste pour raconter
Juste pour partager
Juste pour vous dire


Journal
Témoin des jours et de jours


Le jardin a changé depuis un certain jour d’octobre 2006. Il a existé avant et continuera encore longtemps, je l’espère.

Une phrase du philosophe Alain pour éclairer le tout
Et clore cet avant-propos
Lancera la promenade au milieu des oliviers, héros de ce court récit.


« Le bonheur est une récompense qui vient à ceux qui ne l'ont pas cherchée. »


Les oliviers… cela vous laisse froid.
Vous avez tort.
Cela peut réchauffer quand un morceau brûle dans la cheminée, même si cela a fait mal de le couper ce morceau.

Mais c’est de l’olivier bien vivant dont je souhaiterai vous entretenir…
Non… cela ne vous intéresse toujours pas… vous ne savez pas ce que vous allez perdre…

Bon, je sais, je ne suis ni Pagnol, ni Giono, ni… juste moi pour vous parler de mes oliviers.

Je suis incollable ou enfin presque… car j’essaie de leur consacrer du temps. Ils me le rendent si bien, ici dans mon jardin ou ailleurs dans les oliveraies alentours.

Commençons par un peu d'histoire.

Quand ? Depuis au moins 50 ans avant le grand gel de 1956 et déjà depuis 55 ans après cette terrible date.

Mais écoutons le porte-parole des 132 oliviers de mon jardin. Non, je ne me suis pas
trompée. J’ai même fait un plan… car on me demandait toujours « et combien d’oliviers ? Et combien de kilos d’olives récoltés ? Misère, aucun rapport entre l’un et l’autre car l’oliveraie est remise petit à petit en exploitation. Et il n’a été compté qu’un olivier par emplacement car parfois ils sont deux, cinq ou même jusqu'’à onze à partir de la même souche….

Je me tais et laisse la parole à Chronos, chargé du temps nous parler de tout cela.

« Un jour, de l’hiver 1956, il a fait très froid. Moi, le rejeton d’aujourd’hui, ai perdu mon pied-mère… et j’ai dû lutter pour survivre.

Elle m’a appelé Chronos, la première fois qu’elle m’a vu. Je suis près de la porte d’entrée, ai du mal à avoir l’œil sur tous mes frères mais dès qu’elle est arrivée ici, celle qui retranscrit mes dires, elle est tombée amoureuse de moi et a commencé à me bichonner.

Il y a dix ans, je n’avais pas aussi fier allure. Mais aujourd’hui, j’essaie de lui rendre ses bienfaits. Dix kilos d’olives à moi tout seul… je sais, je devrais pouvoir faire mieux mais il faut que je surveille les autres et que je lui susurre des conseils à l’oreille pour que nous redevenions forts et beaux comme il y a déjà plus de cent ans.

Surtout, quand elle revient de sa promenade à l’oliveraie de la Caillouthèque, où là-bas, je ne vous raconte pas, ils sont M A G N I F I Q U E S. Mais eux, dès le lendemain du gel, le propriétaire de la parcelle a été aux petits soins avec eux. Que nous, nous avons été abandonnés pendant plus de vingt ans. Alors… on ne s’en tire pas trop mal… pour certains parce que d’autres, ils se laissent vivre… il va falloir remettre de l’ordre à cela.

J’essaie de lui apprendre tout de nous mais pas facile ; il y a tant à savoir. Pourtant elle est bonne élève.

J’ai commencé par un abécédaire. Simple, vraiment simple. Cinq mots pas un de plus. Il faut un début à tout et il y a tant à apprendre.

Cinq mots seulement
Cinq mots en tout
Cinq mots pour nous définir
Cinq mots qui tournent en rond, font la farandole, s’égosillent et se chamaillent
Cinq mots à calligraphier pour les mettre en valeur.

Cinq mots comme les cinq symboles que nous les oliviers nous évoquerons à jamais pour vous, les humains : l’éternité (nous restons verts, immortels), la paix (par nos rameaux), la force (par notre bois très compact, lourd et dur), la sagesse et la lumière.

J’espère que vous suivez toujours.
L’abécédaire de l’olivier, cinq mots jaillissent, s’imposent pour nous définir : olivier, grignon, fumier, taille et huile.

Mais cinq mots en vrac ou par ordre alphabétique
Ou cinq mots en respectant l’ordre que la pensée a imposé
Ou cinq mots classés par la logique de la vie de ‘l’olivier ?

Choix très difficile
Mais
Olivier s’imposera comme le premier
Et les autres suivront, dans l’ordre qu’il leur plaira.


OLIVIER
Comme le rameau de la paix trop souvent bafouée,
Comme le Mont du même nom où peut-être, même certainement jamais elle ne pourra fouler le sol malgré son souhait qui remonte si loin
Comme mon pied, majestueux ou chétif, que le second nourrira.







FUMIER
Chargé à coups de fourche matinaux dans une remorque qui monte le chemin dits des
oliviers vers une pension de chevaux. Merci à eux.
Une petite anecdote : Le tas a beaucoup diminué ce matin. Un énorme camion vert est venu le délester. Il n’y a pas qu’elle qui sait que c’est le moment de l’enfouir. Deux petites remorques plus tard, mission accomplie pour le bonheur de moi-même et mes congénères.


En route vers la taille…



TAILLE, à taille d’homme ou de géant
Comme taille pour laisser passer la colombe sans faire bruire les branches.
Comme taille et les ampoules dans les mains à force de manier le sécateur.
L’année prochaine, ne pas oublier de lui rappeler d’aller emprunter le sécateur
électrique. Heureusement vigne et olivier ne se taillent pas à la même saison.
Mais avant cela, la taille des gourmands.

Il faut que je l’encourage : « Taille les gourmands, courbe le dos, fléchis les genoux et n’oublie pas de nous parler ».


Article peut-être trop long pour l’abécédaire. Ici, ce n’est pas un article d’encyclopédie juste des mots dans lequel il faudra peut-être tailler à la serpe.


Passons à la suite. Huile ou grignon, grignon ou huile.
Lequel est le premier, comme de la poule et de l’œuf.
Arrêtons de divaguer avec les mots.
Vous êtes un tout, l’olive à la Toussaint. Vous êtes triturée et devenez deux.

Et qu’est-ce que j’entends « Moi, moi, je suis le plus noble »


HUILE.
Comme héros !
N’importe quoi lui répond vertement le grignon, couleur chocolat parfois.



GRIGNON.
Je suis là avant toi, par ordre alphabétique… évidemment dans le dictionnaire
Pas comme dans cet abécédaire de pacotille.
Seul, le fumier me précédera dans ce choix de cinq mots. Beurk ! comme il sent mauvais.
Oh ! le grignon ! sans moi, tu n’aurais jamais existé. Je ne suis pas si rebut que cela. Je suis celui qui permettra à l’objet de cet abécédaire de grandir, de se fortifier.
Et n’oublie pas, tu finis mélanger à moi. Je te supporte.


Je vais les laisser à leur dispute…

Il fait froid. Le mistral souffle, mes mille branches s’agitent.
Je crois que je vais sommeiller un peu, jusqu'’à la prochaine taille, courant février. »

©2012 - 32 Octobre

4 commentaires:

  1. Merci de m'avoir fait une petite place dans votre univers

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  2. Et merci à vous, je ne regarderai plus les oliviers de la même manière...

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  3. C'est bien ce que je craignais : nous t'avons perdue au moment de la récolte des olives ! Tu nous en écris une anthologie fort réussie ! J'ai toujours eu un "faible" pour cet arbre torturé depuis des millénaires, qui résiste à tout...

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  4. Merci pour ce cours accéléré et si joliment poétique. :D Je vais pouvoir en cultiver maintenant. ;-)

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