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ANOU K

  J'ai 10 ans. Je sais que c'est pas vrai. Mais j'ai dix ans. C'est pas vrai, j'ai vécu tant d'éclosions de fleurs. Avant,  mes pieds touchaient la terre. Je marchais dans la boue. Mes yeux, couleurs de chêne, se levaient pour voir le bleu. Maintenant je suis dans le bleu, je flotte et j'ai dix ans. Même si c'est pas vrai. Ma mère, quand elle m'appelle dit Anou-k A nous... K. Ke veux-tu ? Kue fais-tu ? K'est-ce Ki se passe ? ANOU K Mon père ne dit rien. Il grogne. C'est un grognon. ou un grogneur. Il ne sait pas pourquoi. Il imite. il singe. Ou il est de mauvaise humeur. Il grogne. C'est tout. Je suis grande comme... moi. Papa a mis un coup dans l'arbre juste à  ma hauteur, dans le tronc. J'ai deux pieds, deux mains. J'adore mon nez, je veux dire j'adore sentir par mon nez. Le vert sent le mouillé. Le bleu sent le soleil. Le rouge sent les baies avec maman ou la viande avec papa. J'ai les cheveux le long de mes joues o...

Le froid et le sang

Le froid a glissé sa main dans ma nuque. L’air est d’un gris poussiéreux. Le temps coule lourd comme du plomb. En fusion. La rage couve. Sous le bleu laine et sous la peau tachetée, un cœur bat jusque dans la gorge et cogne. Tout est sombre, terne plutôt. Mais dessous la lave de la colère monte en ébullition. Les façades et leurs camaïeux de beige sale et gris s’alignent comme des cibles le long de la rue. Les couleurs ont déserté leurs joues comme le sang quitte le visage en colère. Que le gris s’effiloche en nuage ou se déchire en flocons… que le vent vienne et qu’il balaie le front soucieux du ciel.

Le chemin vers la maison de cailloux

 Le chemin vers la maison de cailloux serpente et tourne jusqu’à la porte à la fenêtre de verre. Avec ses murs couleur meringue, elle se détache à peine dans la neige. Enroulée dans mon plaid aux couleurs de l’automne, je tiens ma tasse à deux mains et du regard je scrute le pré voisin. La lumière crue est presque blanche. Quelques brins d’herbe percent la surface froide de leurs têtes. Quelques notes au saxophone et le tilala de Barbara. Je souffle en chantonnant. Tu n’es pas là, tu viens bientôt. Un cahier à côté de moi lance des lignes où j’accroche le bleu de mes phrases. Un rai de lumière dessine un trait sur le sol, je vois de fines pellicules flotter dans le champ lumineux. J’entends le cliquetis de la clé dans la serrure. Mon regard croise celui du cheval brun. L’air est plein d’odeurs de cannelle et de vanille, le four vient de s’éteindre. Je sens le chaud baiser de tes froides lèvres sur ma tempe. Le temps est passé, tu es là, assis près de moi. Je glisse la pointe de mes...

Le pot de lumière

Il dansait en rond dans son pot de lumière, sans se soucier  de la pluie qui tombait fort tout autour. Moi qui passais par là, je lui dis: "et toi le joyeux danseur, courras-tu hors de ce mirage jusque sous les arbres profonds ?" Avec bonne humeur, il passa la main sur sa tête, qu'il avait chauve, et se mit à courir sur les parois de ce pot, le visa gai, heureux de sortir de sa routine. Je lui souris et lui, riant au travers, me dit qu'il aimait le rouge et le silence. Je me tus et lui tendis une rose rouge.. Depuis ce jour, mon corps se déplie et s'élance dans la candeur d'un silence partagé en arabesques longues et trace de jour en jour les lettres qui nous lient autour de mots miroirs. Mes yeux plongés dans les siens, je virevolte et danse avec pour partenaire ce danseur sans nom et sans âge, qui sans moufter m'a rejointe à l'orée d'une forêt pour y danser une vie qui s'éloigne de la routine honnie. Nos mains se prennent parfois et le cœur n...

Les éclats de terre

Les cheveux emmêlés dans tes doigts, je regarde dans la profondeur de tes yeux. Il est plus tôt que tu ne penses. L'oreille assourdie par le coussin, je vole avec toi. Quelques minutes sur la nuit.  La journée harassante nous a emmenés jusque dans le ventre des forêts pour y chercher l'ombre et des champignons. Les rayons obliques dans la verticalité des troncs traçaient des tirets diagonaux sur ton visage. La lumière caressait ainsi ta joue avec la tendresse chaude des après-midis de fin d'été. Nous nous perdions entre les hauts arbres anonymes. Le regard et la tête penchés, nous cherchions de l'œil à dénicher ici un cèpe, là un bolet. La tête me tournait à force de ne plus avoir de repère fixe. j'entendais bruisser des pas dans les premières feuilles tombées. Les tiens, tantôt tout proches, tantôt plus éloignés. Le geai avait chanté à notre arrivée, depuis un silence soupçonneux régnait. La respiration sèche de la terre sous le poid des pieds s'élevait en pous...

Carré Lescurien

- nuage, paupière, or, aube ("or" peut devenir "doré" par exemple) - bleu, chevelure, rivière, vent - neige, jardin, chavire, splendeur A la paupière de l’aube, dore le nuage. Le nuage de l’aube dore ta paupière. Le nuage de ta paupière à l’aube dorée. Or la paupière devient nuage à l’aube. Le vent bleu souffle dans la rivière de ta chevelure. La rivière bleue de ta chevelure vole au vent. Le bleu de la rivière met du vent dans ta chevelure. Le bleu de ta chevelure coule dans la rivière du vent. La neige du jardin chavire la splendeur. La splendide neige chavire le jardin. Le jardin de neige dans sa splendeur chavire. Il neige de la splendeur au jardin chaviré.

Il n'y a pas

  Il n’y a pas de chemin clair sur le coteau, juste toi qui marches de travers et le soleil qui dévide sa clarté dans l’air. Les oiseaux enfoncent leurs têtes dans les nuages et les verront disparaître. Il fait chaud et jour tôt. A deux doigts de revenir, je sais qu’il fait grand vent sur ton dimanche. Et je colle des bouquets au creux des vides. Le dernier bateau sait qu’il est important de ne pas s’arrêter. Tes mains suspendues à la fenêtre un instant font une ombre de cœur. Les lampes et moi sommes éteintes

Comme une vague

Je suis sortie de mon phare, les yeux humides, grisée et ébouriffée par le vent et avide de briser le cercle qui menait mes pas toujours en rond. Je cherchais à pousser sa porte depuis longtemps. Mes pauvres bras encombrés de mots sous lesquels se cachaient mes maux ne suffisaient pas à pousser cette lourde porte de fer rouge. J’ai cherché des biais pour en sortir. Des fenêtres, des clés, de l’énergie. Parfois je croyais y parvenir. Mais elle retombait sur ses gongs. De toutes ces tentatives, je n’en retiens finalement qu’une, celle qui m’a fait sortir pour de bon. J’ai rempli un dossier de demande de cofinancement de formation. Rien de bien marin… Un acte très administratif qui m’en a coûté beaucoup. Difficile de mettre en mots studieux et froids tous ces soupçons d’envies, ces débuts de révolution… Entourée de bienveillance, chauffée par le soleil de tant d’affection, j’ai tourné la clé dans la porte du phare : j’ai rédigé et déposé le dossier. J’ai pris ce bateau que je voyais de lo...

Pendre aux c les cédilles

Pendre aux c les cédilles, c’est donner du sens aux cas désespérés. Tendre ses filles vers le ciel, c’est tirer des larmes au réveil. Il n’est pas plus belle larme que celle tombée pour l’enfance. Habiller de robes les forêts de jambes, c’est couvrir de feuillage les troncs. Nul n’est aussi zen que le zef qui n’a plus la toux ni d’atout. Perdre son tant, c’est gagner son peu. Nul ne bouge la langue sans y bousculer ses sens. Sept sont les sentences qui vont par le feu. Partir c’est fouiller un peu.

Autoportrait

Chaotique, c’est Thétik Chaos, c’est l’os à ronger Qu’a eau, c l’ose arrangé KO, c rose allongé. S-pérante S-Thétik Sinueuse et sirupante, elle ne vise que le sens du Bien Solide et soluble, elle ne frôle que le sens du Bon Surmenée et suspicieuse, elle n’évite que le sens du Beau Hypo Thétik L’eau la lie et la longe Plausible elle fut cible Abstraite elle abrase les faits Syn Thétik Sainte artificielle Teinte d’art t’y ficelle Feinte mare y ridelle Pro Thétik Professe le son pour sens Produit le sens pour son Promène le son pour sang Mer Thétik Mère sans joies Mère cent peines Amère s’en va, s’en vient

Le tu se sait

Puissance du dire quand le tu se sait. Tu crois être su. Mais le tu dans le silence sait, il contient tous les non-dits, tous les loups de sens. Tapi dans les bois, tu veilles aux crocs et aux pas. Lourd de toi-même, tu te plains, plein que tu es de ces silences remplis. Plié sur toi-même, tu redis le dit du tu.

Dévoile-toi

Des voiles ah me sonnent, de leurs cliquetis et cordages, de leurs claquements venteux. Des voiles me harponnent du silence particulier qui espace les bruits de leur vibrance à l’air. Des voiles soufflent sur la présence de ma peau des souvenirs de matière légère. Des voiles plissent des boucles endiablées en couronnes reliées de fleurs et de tempérament. Des voiles passent, à l’horizon, lointaines, lointain. Des voiles jouent de leur rouge terreux passé avec la brise devant la grève blanche. Des voiles… toi…

Que pleure le temps

Glisser du vent entre les mots. Pour que coulissent les phrases. Enchanter les silences entre les sons. Pour qu’ils ravissent les cœurs. Prononcer des rires entre le gris. Pour qu’ils soulignent les contours. Colérer entre les yeux Pour que pleure le temps.

Prononcer des orages

Dans l’ambre projetée, le soleil fuit comme un stylo, orange et vert. L’incidence enflammée ombre les mots d’une dentelle noire. L’eau du ciel prononce des orages pendant que les ruisseaux dénudent les roches de leur pâleur sèche. Le vent à la peau caresse le présent. Instants de lumière quand la peau décrit des cercles de chaleur.

Jusqu'à ce qu'il se taise

Lisser les rires et lire les ires. Passer la main comme ça dans le dos. Oublier le bruit des odeurs à la fraiche. Pliée de sourire, lier au son. Glacer le ton de sucre et le donner. A qui veut. Brûler encore la sueur froide d’un geste. Epuiser le silence jusqu’à ce qu’il se taise. Manger ses mots pour ne pas mourir de fin. Et puis s’en aller comme ça.

Lire les espaces

Dévêtue des vestiges, j’y longe les tiges courbées aux eaux glisseuses sur les roches charnues de l’été. Goulument la vie dévie les instants-maux vécus. Le ruisseau déplie son courant et glisse les galets maladroits sous les pierres qui font chanter l’eau. L’absence échancre l’eau et le temps. Et le soleil échange des maux avec les vagues dénouées des nuages. Plisser le front où se battent encore les rescapés. Cligner un œil sur le temps rempli et lire les espaces entre les maux.

Il pleut

Il pleut. Je sens les gouttelettes qui pointillent ma peau. Il fait doux pourtant. Je sens même derrière les nuages la présence impatiente du soleil. (…) Je sors d’une torpeur, d’un sommeil dont je ne sais s’il a duré. Mes paupières collent un peu. A côté de moi, un regard bleu océan sous des boucles blondes. Sa main est chaude dans la mienne. Un masque lui voile le visage, ce doit être une infirmière. Je lui souris. Je me demande où je suis. (…) Je suis allongé contre un tronc d’arbre. J’ouvre un œil, le soleil pointe son nez. L’air est doux. Je tends la main pour me saisir de mon bâton et me remettre en marche. Il n’y a rien. Je me lève et regarde autour de moi. Un chemin s’ouvre, sur la gauche, je l’emprunte et me réjouis de cette ballade. Et de rentrer chez moi. J’arrive devant une maison de rondins précédée d’un jardin. J’ouvre la porte et entre. Une femme à l’intérieur me sourit. Comment s’appelle-t-elle ? Mareike, oui, cela me revient. Elle dit qu’elle est ma femme. Cela… m...

Variations: Des première fois

Variations 1 L’oiseau rouge pousse un cri saignant comme sa couleur. Qui déchire le silence velouté du ciel. Sous la branche, j’accueille la douceur des premiers pétales sur mon visage rosi. Le soleil a brillé si fort en ce printemps fait jour. Dans le creux de la main, que je passe légère au sommet des brins d’herbe, il y a la fraicheur humide et douce. Allongée sur un drap blanc épais, je fixe le bleu entre les fleurs. Ces heures de fin d’après-midi en Bavière me reviennent comme chargées d’un parfum frais et vivifiant. Partir est une vanité. L’oiseau rouge vient clencher cette porte blanche des réminiscences. Je ne me souviens plus de ce que nous buvions ou mangions mais tout était délicat et frais et vif dans la bouche et me laisse une tendreté au cœur. Frêle, oui frêle, je sens le frisson prendre goulument possession de ma peau pendant que les yeux perdus dans le fond du ciel je vois des rondeurs laiteuses traverser le ciel. L’oiseau rouge, un brin d’herbe dans le bec, vole à gra...

Paysages intérieurs

Du bout d’île, je me nourris intimement de ce que je vois et entends et sens. Les pépiements quand les espaces de lumière deviennent couleurs. Le rose qui nimbe après le bleu l’immensité des chants. Je regarde les sourires dessinés par l’écume sur le sable blanc. Comme des points ailés, les oiseaux flottent à la surface de la mer écrivant une symphonie muette que seule l’âme sait entendre par les yeux et entre le flux des vagues. J’entends les cris lâchés par un cormoran dans le creux du ciel. Comme des gouttes, les sourires de l’écume glissent des sons au fond de l’oreille que seule l’âme sait recueillir. Il est des beautés licencieuses et des beaux T silencieux. J’allume de ma langue les sons qui murmurés à l’Homme luisent comme des vers. J’éteins les paupières de ma plume qui décrit en crissant des paysages antérieurs. L’hirondelle, accent circonflexe renversé, libère les êtres de leurs automne et hiver. La porte qui se ferme laisse la clenche blanche rejoindre son horizontalit...

Tôt l'eau

Tôt l’eau lie tiges et vent est vé-tuste. Le soleil lit son lieu. Aux méandres, on mé-entre. A l’aube des yeux, on luit des cieux.