vendredi 17 décembre 2021

Comme une vague

Je suis sortie de mon phare, les yeux humides, grisée et ébouriffée par le vent et avide de briser le cercle qui menait mes pas toujours en rond. Je cherchais à pousser sa porte depuis longtemps. Mes pauvres bras encombrés de mots sous lesquels se cachaient mes maux ne suffisaient pas à pousser cette lourde porte de fer rouge. J’ai cherché des biais pour en sortir. Des fenêtres, des clés, de l’énergie. Parfois je croyais y parvenir. Mais elle retombait sur ses gongs. De toutes ces tentatives, je n’en retiens finalement qu’une, celle qui m’a fait sortir pour de bon. J’ai rempli un dossier de demande de cofinancement de formation. Rien de bien marin… Un acte très administratif qui m’en a coûté beaucoup. Difficile de mettre en mots studieux et froids tous ces soupçons d’envies, ces débuts de révolution… Entourée de bienveillance, chauffée par le soleil de tant d’affection, j’ai tourné la clé dans la porte du phare : j’ai rédigé et déposé le dossier. J’ai pris ce bateau que je voyais de loin, dans lequel je m’étais embarquée un week-end à Paris pour tester mes facultés de capitaine… J’y avais beaucoup tangué, malmenée par le vent et mes émotions pas très stables et entamées… plus tard après moult réflexions entre autres tumultes… j’avais parlé de ce devenir possible à des proches, inspirant même des vocations… J’ai repris ce bateau donc sans trop de convictions mais animée, vivante de ce projet, de cette possible destination, une formation professionnelle d’Art-thérapeute. J’y voyais la belle bâtisse, ce bois peint et courbé… qui donnait au bateau ses formes arrondies… et je me voyais, caban sur le dos et casquette sur la tête, à la barre. Mais je me disais que je ne disposais pas des compétences d’un bon capitaine, que je n’y connaissais rien, que je n’avais jamais été que gardien de phare… Regarder les gris de la mer se transformer en verts puis en bleus sous le soleil malingre des journées d’hiver, compter les oiseaux qui piquaient sur les rochers avoisinants, humer le vent, me laisser fouetter le visage par les embruns, regarder passer les bateaux sur les lèvres écumeuses des vagues, c’est un peu tout ce que je savais faire. Ce que je ne soupçonnais pas, c’est que j’allais être entourée de tout un équipage et que j’allais apprendre à prendre le pied marin, à lire des cartes marines, à utiliser une boussole et un compas pendant plusieurs mois, voire années. C’est comme une vague… qui est venue d’abord faire tanguer ma barque. Cette première vague, qui m’a entraînée en pleine mer, ça a été l’accord du co-financement de cette formation en art-thérapie. Ça a été une vague de joie, profonde, qui venait de loin. En piètre capitaine que j’étais alors, je me suis laissé tournebouler et mon bateau a presque chaviré. Mais je me répétais : ce qui compte, ce n’est pas l’eau, ce qui compte c’est de ne pas laisser entrer l’eau dans le bateau : pas de lame, pas de larmes. Si ce n’est brèves, de joie ! Depuis les vagues et les coups de vent se succèdent et s’enchaînent… je m’accroche à ma barre, je vire de bord quand il le faut, je prends mes mesures et je guide ce voilier, maladroitement bien sûr mais j’ai au cœur la certitude d’avoir pris la bonne décision, un bon départ. Et je savoure les embruns, la houle qui me fait tanguer et les couleurs de cette masse d’eau si impressionnante. L’essentiel étant de ne pas me laisser déborder par mes angoisses, mes appréhensions et mes émotions, je garde le cap. Et je regarde au loin ce phare qui a si bien su me protéger et me renforcer et qui désormais me sert de repère. Et je serre dans le fond de ma poche et de mon cœur la clef qui m’a fait sortir.

Pendre aux c les cédilles

Pendre aux c les cédilles, c’est donner du sens aux cas désespérés. Tendre ses filles vers le ciel, c’est tirer des larmes au réveil. Il n’est pas plus belle larme que celle tombée pour l’enfance. Habiller de robes les forêts de jambes, c’est couvrir de feuillage les troncs. Nul n’est aussi zen que le zef qui n’a plus la toux ni d’atout. Perdre son tant, c’est gagner son peu. Nul ne bouge la langue sans y bousculer ses sens. Sept sont les sentences qui vont par le feu. Partir c’est fouiller un peu.

mercredi 10 novembre 2021

Autoportrait

Chaotique, c’est Thétik Chaos, c’est l’os à ronger Qu’a eau, c l’ose arrangé KO, c rose allongé. S-pérante S-Thétik Sinueuse et sirupante, elle ne vise que le sens du Bien Solide et soluble, elle ne frôle que le sens du Bon Surmenée et suspicieuse, elle n’évite que le sens du Beau Hypo Thétik L’eau la lie et la longe Plausible elle fut cible Abstraite elle abrase les faits Syn Thétik Sainte artificielle Teinte d’art t’y ficelle Feinte mare y ridelle Pro Thétik Professe le son pour sens Produit le sens pour son Promène le son pour sang Mer Thétik Mère sans joies Mère cent peines Amère s’en va, s’en vient

mercredi 20 octobre 2021

Le tu se sait

Puissance du dire quand le tu se sait. Tu crois être su. Mais le tu dans le silence sait, il contient tous les non-dits, tous les loups de sens. Tapi dans les bois, tu veilles aux crocs et aux pas. Lourd de toi-même, tu te plains, plein que tu es de ces silences remplis. Plié sur toi-même, tu redis le dit du tu.

vendredi 24 septembre 2021

Dévoile-toi

Des voiles ah me sonnent, de leurs cliquetis et cordages, de leurs claquements venteux. Des voiles me harponnent du silence particulier qui espace les bruits de leur vibrance à l’air. Des voiles soufflent sur la présence de ma peau des souvenirs de matière légère. Des voiles plissent des boucles endiablées en couronnes reliées de fleurs et de tempérament. Des voiles passent, à l’horizon, lointaines, lointain. Des voiles jouent de leur rouge terreux passé avec la brise devant la grève blanche. Des voiles… toi…

mercredi 15 septembre 2021

Que pleure le temps

Glisser du vent entre les mots. Pour que coulissent les phrases. Enchanter les silences entre les sons. Pour qu’ils ravissent les cœurs. Prononcer des rires entre le gris. Pour qu’ils soulignent les contours. Colérer entre les yeux Pour que pleure le temps.

mardi 7 septembre 2021

Prononcer des orages

Dans l’ambre projetée, le soleil fuit comme un stylo, orange et vert. L’incidence enflammée ombre les mots d’une dentelle noire. L’eau du ciel prononce des orages pendant que les ruisseaux dénudent les roches de leur pâleur sèche. Le vent à la peau caresse le présent. Instants de lumière quand la peau décrit des cercles de chaleur.