mercredi 15 septembre 2021

Que pleure le temps

Glisser du vent entre les mots. Pour que coulissent les phrases. Enchanter les silences entre les sons. Pour qu’ils ravissent les cœurs. Prononcer des rires entre le gris. Pour qu’ils soulignent les contours. Colérer entre les yeux Pour que pleure le temps.

mardi 7 septembre 2021

Prononcer des orages

Dans l’ambre projetée, le soleil fuit comme un stylo, orange et vert. L’incidence enflammée ombre les mots d’une dentelle noire. L’eau du ciel prononce des orages pendant que les ruisseaux dénudent les roches de leur pâleur sèche. Le vent à la peau caresse le présent. Instants de lumière quand la peau décrit des cercles de chaleur.

mercredi 1 septembre 2021

Jusqu'à ce qu'il se taise

Lisser les rires et lire les ires. Passer la main comme ça dans le dos. Oublier le bruit des odeurs à la fraiche. Pliée de sourire, lier au son. Glacer le ton de sucre et le donner. A qui veut. Brûler encore la sueur froide d’un geste. Epuiser le silence jusqu’à ce qu’il se taise. Manger ses mots pour ne pas mourir de fin. Et puis s’en aller comme ça.

mardi 31 août 2021

Lire les espaces

Dévêtue des vestiges, j’y longe les tiges courbées aux eaux glisseuses sur les roches charnues de l’été. Goulument la vie dévie les instants-maux vécus. Le ruisseau déplie son courant et glisse les galets maladroits sous les pierres qui font chanter l’eau. L’absence échancre l’eau et le temps. Et le soleil échange des maux avec les vagues dénouées des nuages. Plisser le front où se battent encore les rescapés. Cligner un œil sur le temps rempli et lire les espaces entre les maux.

jeudi 24 juin 2021

Il pleut

Il pleut. Je sens les gouttelettes qui pointillent ma peau. Il fait doux pourtant. Je sens même derrière les nuages la présence impatiente du soleil. (…) Je sors d’une torpeur, d’un sommeil dont je ne sais s’il a duré. Mes paupières collent un peu. A côté de moi, un regard bleu océan sous des boucles blondes. Sa main est chaude dans la mienne. Un masque lui voile le visage, ce doit être une infirmière. Je lui souris. Je me demande où je suis. (…) Je suis allongé contre un tronc d’arbre. J’ouvre un œil, le soleil pointe son nez. L’air est doux. Je tends la main pour me saisir de mon bâton et me remettre en marche. Il n’y a rien. Je me lève et regarde autour de moi. Un chemin s’ouvre, sur la gauche, je l’emprunte et me réjouis de cette ballade. Et de rentrer chez moi. J’arrive devant une maison de rondins précédée d’un jardin. J’ouvre la porte et entre. Une femme à l’intérieur me sourit. Comment s’appelle-t-elle ? Mareike, oui, cela me revient. Elle dit qu’elle est ma femme. Cela… me laisse… indifférent. Elle est belle, souriante et écosse des petits pois. Elle me connait. Depuis longtemps je crois. Mais je ne le sais pas. Elle m’appelle Benjaman. Est-ce que c’est moi ? (…) Le chant des oiseaux me réveille. Je glisse mes pieds dans le coin frais du drap. Ça, mon corps sait qu’il aime le faire. Moi je ne sais plus : est-ce une habitude ancienne ? Est-ce que je tiens cela de mon enfance ? Je tourne la tête vers ses boucles blondes. J’aimerais dormir et me réveiller en me souvenant de son visage et de son prénom. (…) On m’a retrouvé à marcher dans la ville. Mécaniquement. Je sais que je regarde en l’air les passereaux qui traversent mon ciel quand on m’interpelle : - Vous êtes perdu, monsieur ? - … Je ne sais pas ? non, je ne crois pas… - Vous rentrez chez vous ? - Oui, je rentre chez moi, à deux blocs d’ici. - Vous avez vos papiers ? - Euh non, je les ai sans doute oubliés chez moi… - Votre nom, s’il vous plait ? - Je ne m’en souviens pas. - Très drôle ! - Non, c’est vrai, je ne me rappelle plus, je suis arrivé en ville à l’hôpital et j’en suis sorti pour me rendre chez moi mais je ne sais pas qui je suis. Le regard dubitatif, la femme en costume m’observe et me dévisage. Elle hésite. Puis elle me sourit et me conseille d’aller voir un médecin. (…) Je suis dans une pièce remplie de chaises en cercle et j’attends. Mon tour. Un homme en blouse blanche couronné d’une tonsure, blanche elle aussi, me tend la main et me dit : - Bonjour Benjaman Je lui réponds : « Bonjour docteur. Est-ce que je vous connais ? » Il me répond que oui et que je viens le voir depuis deux ans. - Alors vous savez que je m’appelle Benjaman. - Oui, Mareike votre femme me l’a dit. - Ça fait longtemps que je suis marié ? - Deux ans. - Et quel âge j’ai ? - 45 ans, vous avez 45 ans d’après mes estimations. - Et avant, je ne vous connaissais pas ? - Non. - Et vous non plus ? - Non - Et Mareike , je la connais d’où ? - Elle vous a rencontré l’hôpital. - Je me souviens de l’hôpital, vaguement. - Et de Mareike ? - Quand je la vois, je sais que c’est elle mais loin d’elle, je ne me rappelle que de son nom. - Vous avez perdu la mémoire. - Oui. - Elle ne reviendra pas. - La mémoire ? ou Mareike ? - La mémoire (…) Je me sens bien. Une légère brise fait voler ma mèche rebelle. Mareike est venue me chercher. Je respire son odeur que je reconnais. Comment s’appelle cette ville ? Mareike me tient le bras. « Je suis là, Benjaman ».

lundi 14 juin 2021

Variations: Ma première fois

Variations 1 L’oiseau rouge pousse un cri saignant comme sa couleur. Qui déchire le silence velouté du ciel. Sous la branche, j’accueille la douceur des premiers pétales sur mon visage rosi. Le soleil a brillé si fort en ce printemps fait jour. Dans le creux de la main, que je passe légère au sommet des brins d’herbe, il y a la fraicheur humide et douce. Allongée sur un drap blanc épais, je fixe le bleu entre les fleurs. Ces heures de fin d’après-midi en Bavière me reviennent comme chargées d’un parfum frais et vivifiant. Partir est une vanité. L’oiseau rouge vient clencher cette porte blanche des réminiscences. Je ne me souviens plus de ce que nous buvions ou mangions mais tout était délicat et frais et vif dans la bouche et me laisse une tendreté au cœur. Frêle, oui frêle, je sens le frisson prendre goulument possession de ma peau pendant que les yeux perdus dans le fond du ciel je vois des rondeurs laiteuses traverser le ciel. L’oiseau rouge, un brin d’herbe dans le bec, vole à grands coups d’ailes. Au loin le blé déjà monte un peu et l’eau si proche qui coule le long du champ pousse une libellule jusque sur une longue tige qui borde le ruisseau. Je déchiffre les schémas en transparence sur les ailes de la libellule qui deviennent peu à peu des récifs que mon regard cherche à éviter comme autant d’écueils. Elle est auréolée d’un violet qui sent bon le printemps et ses douceurs sucrées. L’oiseau rouge dans un sifflement se pose sur une branche moins dénudée que d’autres. Entourée de ta jupe de tulle rose, tu es enveloppée d’une sphère transparente et impalpable mais qui dessine une courbe aux vents qui pour t’éviter dévient de leurs trajectoires et soufflent autour de nous des chuchotements chantants quand tu prononces des mots-valises et des mots-fleurs qui prennent existence sous nos yeux. A main levée, esquisse d’un plumage rouge sur fond bleu asiatique maculé de pétales blancs. Quelques notes tirées des cordes d’une guitare, comme des gouttes éparses qui dessineraient un motif, invitent nos mémoires à se souvenir. Une colline oui, mais pas de maison bleue. Les rengaines sont anglaises ou américaines. De « Let it be » à « Imagine », en passant par « San Francisco », les mélodies se délient mieux que les langues. Variations 2 Du plumage rouge sort un bec effronté sous un œil noir. La première fois que je vais loin là-bas, à l’autre bout de nous, c’est l’hiver. C’est la douceur de l’air qui me cueille. Il fait nuit, nous avons roulé longtemps et avons cherché notre chemin en arrivant sur de petites routes de campagnes où nichent dans les virages des maisons plus rugueuses mais accueillantes les unes que les autres. La tête enfoncée dans son cou, il observe muet. La maison basse est rustique mais elle offre toutes les commodités avec des airs de vieille Angleterre. Les pieds sur le tapis chaud à côté du feu de cheminée, je feuillette des listes griffonnées à la main d’une écriture minutieuse et pénible. Mes narines se réchauffent à l’odeur dépaysée du pâté lorrain. Pas un son, pas un bruit. L’oiseau doit dormir la tête sous son aile. Au matin doux encore, le silence ouateux accompagne un réveil tardif. Le jour se lève à peine mais à l’horloge de la cuisine, je découvre que la matinée est déjà bien entamée. Autour de la table du petit déjeuner, le pain chaud et deux sourires m’attendent. Quelques petits oiseaux volètent devant la maison. Dans les ruines, un jardin bienveillant bien vivant. Préparés à l’éventualité de pluies, nous voilà partis jusqu’à un port discret à marée basse. Nous arpentons les pavés mouillés et suivons la flèche qui nous emmène jusqu’à un chemin. De là, vue sur une île et un désert de rochers ambitieux et roses. Un cormoran debout au loin lève une tête. Des blocs s’amoncellent et longent la mer et le chemin. Contre lesquels les vagues cognent leurs écumes et des serpentins d’eau salée se faufilent. Le chemin disparait quelque peu et ce sont les roches qu’il faut prendre pour guides et enjamber en évitant de glisser pour contourner la côte et déboucher sur une plage et son saint, celle de Saint-Guirec. L’oiseau rouge est inexistant. L’après-midi, nous longeons le chemin des douaniers plus au nord encore. Jusqu’à parvenir en évitant les arrêtes de certains blocs et en dévalant d’autres sur un rêve de plage de sable blanc. Et juste au bout d’un gué que l’eau recouvre à cet instant, il y a l’île aux lapins, prisée par notre hôte absent. Le rouge flamme est lui déjà présent. Au bout de la plage, la grève blanche, un sursaut de sable clair où se reflète dans les vagues qui lèchent ce blanc le jaune d’un soleil couchant qui va s’embrasant. Les brisures de coquillages ramassées, les senteurs marines respirées, les mains rouges de froid agitées, je collectionne dans un tiroir de ma tête ces petits bouts de rien qui ont fait ton chemin en moi Trégastel. Variations 3 Une plume rouge tangue lentement en descendant le ciel. A mon arrivée, je suis prise par une chaleur inhabituelle pour ce mois d’avril. Je prends un tramway qui m’emmène jusqu’à la vieille ville. Je tire ma valise comme le poids de mes insatisfactions et soucis. Une petite montée et un affichage de chambres à louer attirent mon attention et mes pas. Je m’engouffre dans la petite entrée. C’est là que je réalise que je n’entends plus l’eau couler. Des chants multiples dégoulinent des arbres. Je monte la rue où j’ai trouvé logis qui débouche sur un sentier sablonné. Je marche dans les odeurs et serpente jusqu’au premier jardin que je devine à son chant : une fontaine y coule : quand j’entre dans les allées, les couleurs vives et chantantes me saisissent le cœur. L’oiseau tu se cache. Le découpage des façades intérieures du palais et leurs mosaïques donnent de la minutie une impression grandiose. Sillonner d’une salle à l’autre sur les dalles fraîches avec soit un silence délicat soit le bruit coulant de l’eau donne des accès de fraîcheur sous le soleil déjà excédant. L’oiseau rouge ne dénoterait pas dans ce dernier jardin. En me penchant depuis ce jardin, j’aperçois les façades blanches du quartier d’en face. L’après-midi même, j’y grimpe et découvre les sons de guitares pleurantes en provenance d’une salle basse. Aux sources du flamenco, les gens se noient dans leur désespoir et l’alcool qui tous deux se déversent à flots. Le rouge est celui de la chemise. Sous un amandier, je m’assieds et bois un thé glacé en laissant mon oreille danser sur cet accent où les r sont mangés. Un échange se tisse. Et nous voilà en route vers une source chaude où se baigner, des tapas à grignoter, un pique-nique dans la Sierra Leone, une soirée en l’honneur de Pablo Neruda. Rouges sont mes yeux, l’oiseau-là n’est pas encore là. Au matin très tôt, je dévore une tartine beurrée en saluant les uns et autres, je me sens moins guiri qu’aux débuts. Mais le bus m’emporte loin des eaux de Grenade et me laisse seule avec mon lot de souvenirs.

mercredi 2 juin 2021

Paysages intérieurs

Du bout d’île, je me nourris intimement de ce que je vois et entends et sens. Les pépiements quand les espaces de lumière deviennent couleurs. Le rose qui nimbe après le bleu l’immensité des chants. Je regarde les sourires dessinés par l’écume sur le sable blanc. Comme des points ailés, les oiseaux flottent à la surface de la mer écrivant une symphonie muette que seule l’âme sait entendre par les yeux et entre le flux des vagues. J’entends les cris lâchés par un cormoran dans le creux du ciel. Comme des gouttes, les sourires de l’écume glissent des sons au fond de l’oreille que seule l’âme sait recueillir. Il est des beautés licencieuses et des beaux T silencieux. J’allume de ma langue les sons qui murmurés à l’Homme luisent comme des vers. J’éteins les paupières de ma plume qui décrit en crissant des paysages antérieurs. L’hirondelle, accent circonflexe renversé, libère les êtres de leurs automne et hiver. La porte qui se ferme laisse la clenche blanche rejoindre son horizontalité. L’angle de l’œil nourrit une larme qui porte en elle son arc-en-ciel et sa joie. Dans le dessin d’un trait, la couleur dit le rôle et trace la gourmande forme qui enveloppe. Peuplée de si lents cieux, j’ouvre au bleu l’espace de mon esprit où rayonne l’amour jaune aveuglant d’un soleil manqué. Dans l’antre des paroles, un palais vibre où sont magnifiés les sons et les sens. Des finitions sur les lèvres chaudes donnent du sens au prononcé. Mer veille, vers Meille. A la peau, le sel et l’eau accrochent leurs épines rendant poule cette chair oubliée. Et quand goulue, la liqueur dégouline ma gorge, mon cœur grisé s’allume. Et le vent souffle à mes narines la mer et ses algues quand le parfum de mon âme se nourrit de pays aimés. Et mes pieds construisent le chemin que rien n’arpente que mes yeux et mon esprit taquin. Blé sur le champ jaune, blessure, le sang chaud, ne dure pas. Je revêts les ardeurs de la lumière en silence : les couleurs aimées bruissent des phrases émues. Et mue par la vie, je contemple ces ressentis avec la joie-paix de celui qui dans son phare est au centre, debout, de tout.