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Lire les espaces

Dévêtue des vestiges, j’y longe les tiges courbées aux eaux glisseuses sur les roches charnues de l’été. Goulument la vie dévie les instants-maux vécus. Le ruisseau déplie son courant et glisse les galets maladroits sous les pierres qui font chanter l’eau. L’absence échancre l’eau et le temps. Et le soleil échange des maux avec les vagues dénouées des nuages. Plisser le front où se battent encore les rescapés. Cligner un œil sur le temps rempli et lire les espaces entre les maux.

Il pleut

Il pleut. Je sens les gouttelettes qui pointillent ma peau. Il fait doux pourtant. Je sens même derrière les nuages la présence impatiente du soleil. (…) Je sors d’une torpeur, d’un sommeil dont je ne sais s’il a duré. Mes paupières collent un peu. A côté de moi, un regard bleu océan sous des boucles blondes. Sa main est chaude dans la mienne. Un masque lui voile le visage, ce doit être une infirmière. Je lui souris. Je me demande où je suis. (…) Je suis allongé contre un tronc d’arbre. J’ouvre un œil, le soleil pointe son nez. L’air est doux. Je tends la main pour me saisir de mon bâton et me remettre en marche. Il n’y a rien. Je me lève et regarde autour de moi. Un chemin s’ouvre, sur la gauche, je l’emprunte et me réjouis de cette ballade. Et de rentrer chez moi. J’arrive devant une maison de rondins précédée d’un jardin. J’ouvre la porte et entre. Une femme à l’intérieur me sourit. Comment s’appelle-t-elle ? Mareike, oui, cela me revient. Elle dit qu’elle est ma femme. Cela… m...

Variations: Des première fois

Variations 1 L’oiseau rouge pousse un cri saignant comme sa couleur. Qui déchire le silence velouté du ciel. Sous la branche, j’accueille la douceur des premiers pétales sur mon visage rosi. Le soleil a brillé si fort en ce printemps fait jour. Dans le creux de la main, que je passe légère au sommet des brins d’herbe, il y a la fraicheur humide et douce. Allongée sur un drap blanc épais, je fixe le bleu entre les fleurs. Ces heures de fin d’après-midi en Bavière me reviennent comme chargées d’un parfum frais et vivifiant. Partir est une vanité. L’oiseau rouge vient clencher cette porte blanche des réminiscences. Je ne me souviens plus de ce que nous buvions ou mangions mais tout était délicat et frais et vif dans la bouche et me laisse une tendreté au cœur. Frêle, oui frêle, je sens le frisson prendre goulument possession de ma peau pendant que les yeux perdus dans le fond du ciel je vois des rondeurs laiteuses traverser le ciel. L’oiseau rouge, un brin d’herbe dans le bec, vole à gra...

Paysages intérieurs

Du bout d’île, je me nourris intimement de ce que je vois et entends et sens. Les pépiements quand les espaces de lumière deviennent couleurs. Le rose qui nimbe après le bleu l’immensité des chants. Je regarde les sourires dessinés par l’écume sur le sable blanc. Comme des points ailés, les oiseaux flottent à la surface de la mer écrivant une symphonie muette que seule l’âme sait entendre par les yeux et entre le flux des vagues. J’entends les cris lâchés par un cormoran dans le creux du ciel. Comme des gouttes, les sourires de l’écume glissent des sons au fond de l’oreille que seule l’âme sait recueillir. Il est des beautés licencieuses et des beaux T silencieux. J’allume de ma langue les sons qui murmurés à l’Homme luisent comme des vers. J’éteins les paupières de ma plume qui décrit en crissant des paysages antérieurs. L’hirondelle, accent circonflexe renversé, libère les êtres de leurs automne et hiver. La porte qui se ferme laisse la clenche blanche rejoindre son horizontalit...

Tôt l'eau

Tôt l’eau lie tiges et vent est vé-tuste. Le soleil lit son lieu. Aux méandres, on mé-entre. A l’aube des yeux, on luit des cieux.

La chaise est de travers

La chaise est de travers, en biais par rapport à la fontaine. Elle a une assise profonde et des accoudoirs. On la trouve à Paris, toujours dans ses parcs et jardins. Celle que je pousse un peu pour la remettre en face de la fontaine et de sa bruine bienvenue se situe dans les jardins du Palais Royal. Il est midi, j’ai rendez-vous là avec mon frère. Il apportera des sandwichs au Comté et au San Daniele et du faux jus d’abricot dans une bouteille d’eau. En passant par l’entrée latérale, je suis tombée sur des bleus de Chine qui dessinent dans l’air et de leurs corps de fines arabesques. Cette chorégraphie matinale soulève mon cœur d’une légèreté que la pratique du Tai Chi m’a permis de conforter. Il fait maussade et je suis d’une humeur grise. Entre les colonnes de Buren, je regarde si je le vois, l’homme. Quel homme ? Et bien vous devez déjà l’avoir vu, dans son pardessus, il se déplace les bras en croix recouverts de moineaux et mésanges qui volettent jusqu’au bout de ses doigts ...

Je ferme les yeux parfois. Et je m'évade

Je ferme les yeux parfois. Et je m’évade. Je vois des paysages imaginaires mais je les visite brièvement. C’en est fini de ces grandes épopées. Quand je traversais les heures sombres de mon imaginaire en fabriquant de toutes pièces des rêves multiples et complexes. Ou pas. Au début, je m’en souvenais bien de mes rêves. Je me rappelais surtout les heures volées à la guerre où je rêvais de toi, Mareike, de tes yeux clairs et de ton sourire gracile. Tu étais ma respiration, mon repos. Je t’ai retrouvée après la Grande Guerre et des mois de convalescence. Je n’étais plus le bel homme fringant que tu avais connu. Mais tu m’as retrouvé, reconnu, malgré mes différences. Depuis nos retrouvailles, tu t’es habituée à ma gueule cassée, tu retrouves dans mes yeux, dis-tu, l’essence, l’âme de l’homme que je suis devenu. Je ne comprends toujours pas comment tu parviens à me regarder, à me scruter même. Moi quand je me croise dans un miroir, je prends peur. Je ne me connais pas. Je ne me trouve p...