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Ferme les yeux

Ferme les yeux. Là, voilà. Installe-toi bien, enfonce-toi bien dans le moelleux de ton canapé ou appuie-toi sur le dossier de ton siège. Sens comme tes membres sont lourds. Ta tête est lourde, ta nuque, tes épaules… puis tes bras et tes mains pèsent car tu te relâches. Tu sens ? Tout ton corps se détend et s’abandonne. C’est dans cet état second-là que j’ai fait connaissance avec le phare qui m’a adoptée. Vous allez dire que je manque d’originalité. Un phare, comme par hasard. A l’origine de ma démarche, il y a la douleur. La douleur physique, celle de l’endométriose, et celle mentale qui m’a disloquée. (la perte de mon p’tit bout). Je ne savais pas comment gérer toute cette souffrance. Je m’y abandonnais vaincue. Combien d’années rouée de coups, j’ai tenté de rouler ma bosse. Et ce visage de façade qu’il fallait tenir au monde, aux gens, à la société. C’est le monde du travail qui m’a tenu la tête hors de l’eau même si nourrie de principes souvent ridicules ou inappropriés. J’ai...

Et mon imaginaire

Traverser la frontière, sortir de mon bout de terre. Passer la porte, quitter le cercle de mes murs. M’aventurer sur Märket, rejoindre des vivants. Je me présente, je m’appelle Thomas Tick, mais on m’appelle O’Thomas Tick. Personne ne me connait. Je suis le gardien du phare. Le phare O’Thomas-tisé. Ne me demandez pas d’où je viens, avant 1981 le phare est construit en Finlande mais en réalité côté suédois, ce qui fait de moi un fin-doigt puisque je suis né en 1980. Moi j’habite la roche de l’île et le phare. Mon métier c’est d’éclairer et de tourner régulièrement pour diriger les bateaux qui s’approcheraient trop de mon île. Je suis vraiment moteur dans cette aventure. C’est moi qui impulse le mouvement giratoire de la lumière du phare. De là, j’ai une belle vue sur la mer Baltique qui tient son nom de son air pincé et franc-tireur. La mer Baltique est un sacré personnage. Je veux vous la présenter. Grise l’hiver, elle émousse ses vagues d’écume blanche quand le vent vient la défriser...

Je fonce mon nuage sur ma tête

Je fonce mon nuage sur ma tête, et je file un bon lin vers l’abri bu. Tu me filatures d’un murmure à l’autre. Le silence ceintré te gorge de videsse sonore. Dans mon perméable vert, dont je remonte le col de cygne, je me vraifile sur une banquette qui embroche déjà une mauvaise sœur. Dans le rétro-écouteur, ton souffle arrive, à bout. Le slalom riquiqui entamé par l’engin est achevé à cheval sur une rang-barde. Une marionnette de policier avale son sifflet quand entonne l’orage son la auriculaire. Les passagers du tout sortent en file de la carcasse : et ça barde dans les rangs. Un éclair saveur vanille déchire le ciel et des gouttes montent des nuages portés par des cheveux encore secs. Engoncé dans ton rôle, tu chuchotes aux gens d’Arles des post-jugés sur ma pomme acide. Ils me croquent sur un coin de feuille. Dévorée de rage, je romps la cadence des files en rouge pot. Lavée de toute sincérité, je m’émeus et plie en quatre vents mes remords. Je déboutone mon pardessous et l’élève ...

Lune Je me souviens

Je me souviens, je suis encore jeune, une petite trentaine fêlée quelques jours avant le grand départ. Je pars assez content de moi, fier de faire partie de l’aventure. J’ai oublié les ultimes journées sur terre : elles sont consacrées à nous préparer, menteusement et physiquement. A peine s’il me revient des images d’entraînement verbeux et d’exercices en pois de senteur. Je sais que le départ va être fulgurant et que c’est sans doute au moment du lancer de la fusée que nous serons le plus en danger. Je suis comme détaché. A part mes parents, je n’ai pas d’attache ici-bas qui me retienne. Le célibat me va. Je me réveille longtemps après le décollage. A croire que cette fusion qui décide de l’envol est muette pour moi. J’ouvre les yeux sur mes collègues qui, déjà ou encore réveillés, planent autour de moi. Je défais ma ceinture qui me colle contre ma couche. Ce flottement qui s’empare de moi est grisant et crissant de miettes de plaisir. J’oublie la terre et ses attractions. A nous la...

Trois fois dit

Silence embué dans le regard flouté et brumeux. L’île aux silos si lents… lance aux cieux des si Je ne gêne ni ne nie les jours gi. Il y a des instances dans l’épais du ciel qui tracent les t des moments élus. Lue, je t’élis électeur et cogne les l des titres tendus par les nuages. De la buée silencieuse envahit le regard presbyte et ému. Une île jalonnée de silos immobiles les tend vers le ciel sans l’eau. Personne n’embête ou nie les jours J allongés. Des dieux depuis la profondeur du ciel écrivent des c et des t selon le temps. Devinée, je te choisis et cogne les banderoles de titres tendues entre les nuages. Derrière mes lunettes, je suis envahie par la buée sur mes verres et les larmes au coin des yeux. Des silos sans o sont tendus vers le ciel tout au long de l’île. Les jours s’allongent et se couchent sans être dérangés. Tu me devines et me choisis ton élue alors que je blesse les ailes des phrases dans le ciel.

Carrés sonores dans les tympans froissés

Maculé de blanc, le bleu moins vif, le ciel ne la ramène pas. L’éclat des jours d’hiver au froid sec est terni par l’absence de soleil. Trois cheminées échangent des signaux qui s’évaporent bien tôt. Le soleil voilé dessine un rectangle de blanc presque jaune scintillant sur la poisseuse façade que trois fenêtres échancrent. Quelques sons sifflés dessinent comme des carrés sonores dans mes tympans froissés. Et les sourdes voix franchissent les parois comme lorsque l’enfant s’endort contre le sein dans une fin de soirée animée. Je ne lis nul élu dans les lignes de la main. Mille harmonies amenuisent l’île du silence. Sentir au creux de soi comme le rongement d’un silence qui ne veut plus se taire. Terré dans l’abondance de remous et réflexions, il se faufile et s’enfile dans les couloirs de mon esprit. Je ne souhaite plus savoir où est la source. Elle se défile et me défie : comme le soleil dans cet éclat orange de ton œil.

MANDER LE FLOU

Deux mandent la vie comme un objet qui se partage et se reçoit. Dis à l’oreille comme à moi, les douceurs qu’elle te donne à déguster. Quelques roses perdues au sommet de branches glacées. L’arrière métallisé entre deux portes. Sous le nœud fixé au-dessus des hanches, se dandinent les jambes fines et gainées de soie. Le coude plié comme nid de mes souffrir. J’envoie dans mes pailletés orangés, tout le bon vif et chaleureux que recouvrent mes yeux. Je n’ouvre mes yeux que derrière le verre, le flou est mon ami. Au bombé du doigt répond celui de ta lèvre.