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Vases communicants de Décembre 2012: Eve de Laudec (1)

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Voulais atteindre le vaisseau d’en haut, cette tortue volante qui fonçait dans l’outre-mer, ailes fuselées tendues en arrière, enserrant dans ses puissantes mâchoires un poisson de lune qui ne pouvait ouïr. Elle pourchassait l’otarie d’acier grimée en nuage pour échapper à l’œil exercé du reptile. Voulais tant savoir pourquoi elle engloutissait les vols au vent. Alors me suis engagée dans l’océan pour m’approcher au plus près du ciel. Très vite le sable s’est dérobé sous mes pas. Ai atteint le dos du rouleau. Marchant sur sa crête de coq-quillage, me suis entaillée les plantes de pied. Pensais y glisser, comme dans une mousse affable, mais non ! N’étais même pas au sommet de la vague, qui me narguait dans un remous livide. Ses fines petites dents de squale, chatoyantes dans l’aigu, se sont plantées dans ma chair, mille aiguilles fouillant les ouvertures béantes par où s’engouffrèrent l’eau tourbillon. Eu froid, très froid,...

Vases communicants de Décembre 2012: Eve de Laudec (2)

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Les flamants dégorgent lilas au bord du lit dont les linges défaits se répandent en lac, las. Eyasi Là, tu étouffes, les lacis de jacinthes liées ont souillé ta lagune, mêlés à la laitance de tilapias lascifs. Et l’eau se perd, aux larmes d’un lamantin égaré, languissant, impuissant, tel le monstre d’une légende à conter. Eyasi Quand les limbes du jour descendent des sommets, à l’heure où le ciel en lave étend son lavis lie-de-vin et lèche à grands coups de langue limonite la savane lézardée, s’insinue comme un leurre dans l’ocre des volcans, enterre de sienne brûlée la fournaise, apaise le cinabre et flatte en vermillon, lorsque commencent à vibrer en amalgame les peaux retendues et la mélopée des crapauds buffle, Alors tu te réveilles Eyasi Seuls les lampyres étoilés ou les yeux des léopards éclairent les lapillis rocheux, et loin, très loin, les lueurs du lodge. Aux confins de l’ouest, les cloches g...

Vases communicants de décembre 2012: Eve de Laudec (3)

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Entre l’autre et l’un Entre deux, perceptible, irréelle existence, Sépare en exigence, découpe sans mélange, En infime passage dérobé sans férir, Inconnu visuel, une strie messagère Frontalier en fluide, en éther, ou ailleurs, Là et loin une idée à peine formulée Accrocheur de rayons parme ou passe-velours, Les reflets déjoués d’un trait alizarine Limite sans limite tournois tempétueux D’échappées embuées traînes effilochées, Cordonnet enserrant les cheveux des sirènes, Passage de sabots de pégase enivré Ride de Poséidon ou rire d’Ouranos, Comme un ongle rayant la toile de l’artiste S’y perdre s’y trouver et se prendre à rêver D’horizon Eve de Laudec 15 nov 2012 http://evedelaudec.fr/cooperations/les-vases-communicants/index.php

Vases communicants: Camille Philibert-Rossignol

Ballade pour Maryse Hache. J'aurais pu remarquer les baies rouges et fleurs blêmes, profusions échevelées se déversant des arbres des jardins que je longe d'un pas alerte. Un jogger croisé ainsi que deux petits enfants trainés par leur grand-mère. Quand j'arrive au Parc revient brouillée la silhouette d'un homme qui fumait en descendant quelques marches, dégaine entraperçue à la résidence La Fontaine. Point de départ. ( fumait, lien http://www.les807.blogspot.fr/2012/05/floche.html) Au Parc, se défaire fissa des murs qui m'entouraient, l'appartement aussi faux abri que faux ami. Au milieu de la verdure, une rivière revoit le jour. Il pourrait être amer, ce flux boueux, vaseux, stagnant en fine couche sur un long aplat de béton, eau sombre charriant quelques cailloux et s'insinuant entre vert et ocre, stries d'herbes courtes ou trainées argileuses. Bordant la rivière, une large pelouse aux brins verdoyants dont le parfum piquant se dilue d...

Vases Communicants: Robert-Henri Duru

Et soudain un sourire… La nuit s’annonçait triste et morne. C'était une de ces nuits où tout comme les gens qui s'embrouillent, les idées endeuillées se bousculent sans s’excuser. Marc était entré par hasard dans ce bar de la rue Monsieur le Prince. Il commanda un demi et s’installa sur les ressorts épuisés d'une des banquettes de cuir en détresse. L’atmosphère enfumée semblait vouloir se joindre à l’image floue qu’il se faisait de son avenir: Sara l’avait quitté pour l'amour d'un destin qui n'était plus le sien…, alors son monde à lui avait basculé dans le vide du non-sens. Oh certes, Sara était à peine plus qu'une amie d'enfance au visage d'ange orné de cheveux blonds et bouclés comme la toison d'or. C’était un être mis à part dans le journal naissant de sa vie. Una âme-sœur à qui il s’était toujours confié. Mais comme l'aurait fait un messie crucifié dans son berceau d'osier néglig...

Vases communicants avec Gilles BERTIN: Confusions

— 1 — Il t’attend devant l’entrée de l’entreprise où vous avez rendez-vous. En marchant vers lui, sourire professionnel sur ton visage, tu te rends compte qu’il ne t’a pas reconnu. « Bonjour, lui dis-tu d’un ton engageant, espérant que ta voix lui dira quelque chose. – Bonjour Monsieur », te répond-il et, aussitôt, il se met à te parler… mais comme à quelqu’un d’autre !… quelqu’un avec qui il te confond. Tu attends qu’il se rende compte de sa confusion lui-même , tu ne veux pas te le mettre à dos. Il tchatche et il tchatche et, tout en te parlant, jette des regards vers l’extrémité de la rue, guettant ton arrivée, alors que tu es là, devant lui. In petto , tout doucettement, tu ris de la situation – un peu jaune, tout de même. Tu passes de l’autre côté, dans la tête de cet homme que tu connais très peu – c’est la deuxième fois que tu le rencontres. Un instant, tu es à sa place, tu te vois avec ses yeux. La situation à l’envers. Comment peut-il do...

Vases communicants avec Sabine Huynh : Pull vert sous les doigts

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Sous les doigts, plus grand chose de toi, sinon le souvenir d’avoir tenu tes cheveux. Tenu, oui, caressé aussi, avant, mais tenu également, le jour où tu es tombée. Ta queue de cheval attrapée au vol, le reste de ton corps hors d’atteinte. Tes cheveux, de l’or sous les yeux, du crin sous les doigts, comme ta peau, ambrée, râpeuse. Tu es tombée, j’ai lâché tes cheveux, de peur de te faire mal. Le mal était déjà fait : ton corps à terre. Nous ne nous sommes pas revus depuis. Je n’ai jamais répondu à ces mots que tu avais griffonnés au dos de la photographie. Tu t’en souviens ? Des carreaux, une vue baignée de soleil, une pelouse aux pieds d’un arbre fruitier. Tu disais : « Je ne vois plus que le vert, le reste est flou, mais le vert est là, celui de ton pull préféré, es-tu dedans aujourd’hui ? Je sens encore les mailles sous mes doigts, je les écarte pour toucher tes poils, ta peau. Tu me manques tant. » Je ne sais pas si c’est toi qui as pris cett...