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Je ne me souviens toutjours pas de son prénom

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Souffler

Morsure du triste dans le cou. Le triste te tient et te promène d’une pièce à l’autre avant de te relâcher. Les yeux encore bleu, le ciel encore gris : au bord de tout, il y a le devenir. Plan blanc où mâcher le jour en gris. Peindre nos cœurs en transparent et nos bouches en rires le temps d’un soleil.

Un vent doux

Un rayon de soleil découpe ma main sur le clavier. Le tissu grince contre le vernis du bois. Le vert n'est plus tendre mais le bleu est dur à force de tendre au gris. (Impression de feuilles traversées de lumière sur un ciel tendance pluie.) Des éclats sur la pierre verte comme des éclaboussures. Le doigt replié qui cherche la lettre. Je collectionne ces instants le long du fil de la phrase. Je respire. Lentement encore. Profondément. En corps.

Scarlatti et Loren: Chambre 212

Dès les premières notes, une intimité. La main rejoint la bouche et la cache. Dans ce geste hérité de la grand-mère maternelle. Pour cacher le tremblement. Des lèvres. La sonate est jouée et rejouée. Plus tard seulement, le nom de l’auteur est prononcé. Scarlatti. Une émotion lointaine. Joie du souvenir. Et mélancolie de la mélodie connue. C’étaient tes doigts sur le clavier. Je ne pensais pas que plus de vingt ans après le souvenir de toi reviendrait par l’ouïe. Plus la tristesse ni la colère. Loren, je ne t’en veux plus. Reste ce motif que mon oreille connaît... encore.... Ce deuil est fait. Il est plus léger que d’autres.

Un an

Une année passée... une année qui comme un bas file... sous mes yeux... Je ne sens pas ses aspérités. J'aimerais la retenir, juste un peu, dans le pli de quelques souvenirs. Elle est creuse, si profondément creuse. Qui dirait le temps passé. S'il n'est filé, le bas n'a rien qui le retient, qui le démarque. L'année n'est pas blessée, rien ne la déchire ou la marque. Je sens à ce soleil rasant que la douceur de l'air devait être la même il y a un an. Ou presque... Car il fait frais sous ce soleil mensonger. Peut être alors aussi... Et je me sens si vive de ce temps vécu. La vie est revenue.

Bleu-lait

Elle est bleue, te dis-je. Elle est bleue et clignote. Le lait bleu du ciel remplit les blancs entre les feuilles. Il est tôt dans l’au-tôt-ne.   Inspirer les particules de temps l’espace d’une seconde.   Et laisser errer l’air usé. L’r rusé, le tant multiplie le peu de temps qu’il pleut. Elle clignote dans les interstices du volet. Quand les feuilles disputent en vert au lait du ciel. Le torchon. Ni bleu-lait ni vert-moche. Le torchon qui chigne et se tord dans les mains froides de bleu et usées. Sagen was Sache ist. Dire ce qu’il en est. La grue clignote en bleu électrique, je vois le clignotement par les interstices du volet pas fermé. Dans le feuillage, des trouées de ciel presque bleu. Le torchon se tord dans les vieilles mains.

Mal au gris.

Premiers froissés de jaune... Eclats clarteux qui jouent à colin maillard sur les nervures encore vertes. Le tilleul ment sec sous la brise bruissante. Tous les grains de beauté du feuillage chuchotent des constellations. J'ai mal au gris des pluies à venir. La chaleur solaire se terre. Je croise les sens interdits et les doigts. Le courage a l'âge du matin.