dimanche 28 mars 2010

Comment ça fait d'aimer comme ça

J'ai cueilli dans les plis des pages manuscrites les bruits de nos vies. Par brassées, je les ai pris pour te les livrer en plein coeur. Tu sens ? Dis, tu sens comme l'odeur de mer qui valse avec le granit rose? Et les goutelettes qui bruinent à nos peaux? Entends-tu seulement l'immobilité du temps dans le va et vient du gris des vagues et des nuages? Sens-tu tourner ta tête quand l'odeur te tord le coeur? Et pleures-tu parfois comme moi les parfums de vanille et de sablés des intersections de nos vies?

Je ne glisse pas encore mes jambes entre les draps. Un jour sera ma première fois.
J'entends toujours cette solitude aux joues rouges marmonner pour elle-même ses humiliantes confessions. Le ciel est bas, si bas. Il pèse. Tant. C'est la quête de la respiration et j'ouvre mes bronches, ces grands champs d'oxygène, dans la chaleur pâlante. Une brûlure les laboure comme celle qui lècha longtemps mes pieds au bois dormant. Un jour ils se réveilleront, le vert sera vrai et tendre et dans ma vérité à l'autre, je ne serai plus princesse mais danserai mon rêve les pieds nus et rosissants dans la gorgée d'eau des herbes folles.
J'inspire le bois qui se soutient les branches qui fleuriront de bourgeons dans des jours qui se comptent en heures.
La parole nous fonde.
Dans la mortitude des choses, le vert surtout est plus vif quand il rase le sol décoiffé.

Dans vos peaux plissées, je vois défiler vos souvenirs se donnant la main. Belle farandole de récifs qu'on a tous peur de perdre. Quand la musique s'arrête, j'entends encore la voix sans âge qui m'emmène aux rives du sommeil et de mon enfance.
Je caresserai ton bras, ta main et derrière la barrière de ta cuisine je couperai, plierai, râperai, mesurerai tout ce peu de temps qui nous reste. Je le mijoterai et nous nous en délecterons en rire et ensembles. L'irritation de la gorge sera commune.

Sais-tu seulement combien je suis brodée de notre temps? Tu m'avais promis la spéaration en forme de froideur entre nous. J'ai senti sur mon cou ce courant d'air. Sais-tu seulement qu'il m'a figée? Je ne suis plus que la caricature de celle que je ne voulais pas devenir. Les larmes ont gonflé l'âme de vaisseaux malingres et cruels qui forcent les plis de mon être. La fluidité, oh parfum de jasmin, chant de glycine, esprit de lilas, doigté de chèvrefeuille, la fluidité est florale et spectrale.
Je ne connais plus que la fantôme de toi. Mais j'ai des précipités de toi dans mes instants. Tu ne les ôteras pas. Ils cloueront les souvenirs. Alors oublie-moi, je suis aussi toi.
Je veux comprendre comment ça fait d'aimer comme ça.

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