lundi 16 novembre 2009

Quand la couleur de l'ombre s'estompe, on passe du noir au blanc en passant par toutes sortes de gris. Et dans le deuil ? Quand l'ombre de la personne disparait, il reste une trace inquantifiable que l'on appelle l'absence ou le manque. Elle est constituée en fait d'une ribambelle de souvenirs très vivants qui vient s'enrouler autour de notre coeur pour le serrer.
Etrange détour que prend la langue qui désigne du "restant" par de l'inconsistant voire de l'inexistant. Ne dit-on pas l'absent pour parler de celui qui en un sens nous est bien présent puisque l'on est en train de parler de lui.
Christian Bobin, tout au long de son oeuvre, pousse le langage et ses travers jusqu'au bout du sens, jusqu'au sens ultime sans pour autant faire de contre-sens. Christian Bobin nous conduit à rebours de nos habitudes de langues pour y traduire ces signaux que l'on ne sait pas toujours bien interpréter. L'Enchantement simple (Collection Poésie, Gallimard, 2001) ne cache pas son propos. Il y est question d'une ombre, ou plutôt de plusieurs, et surtout de "l'air dans les arbres, du silence sur les terres et des lumières sur les eaux" (p. 21). Vos yeux ne verront point cette "poignée d'amour" qui dessine du sens entre les personnes. Mais nous parcourrons ensemble cette promenade dont les étapes seront diluées dans les souvenirs d'un père qui voit se refermer sa main sur du vide, sur un regard. Marchons ensemble donc et tendons les mains et le coeur pour mieux recevoir ce que cet endeuillé offre à son âme défendante.

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